PUBLICITÉ

Un père, un fils, une chaloupe

Vacances et voyages 10-12 ANS image article
Il y avait longtemps que je rêvais de faire ça : emmener mon garçon dans un vrai weekend de pêche entre boys.
 
Une note ici : je ne fais aucune discrimination pour les activités familiales. On a déjà fait de la pêche en famille, avec ma blonde et ma fille et ça a été extraordinaire. Mais, connaissant nos caractères respectifs, je savais qu’avec mon garçon de 11 ans, on pouvait se permettre une pêche plus rustique. Tsé, sans fla fla, sans Purell et sans remarque sans la fréquence des douches. Du vrai bois sauvage.
 
On a convaincu un autre duo père-fils parmi nos amis et voilà, en route vers la forêt. Un grand merci à la sympathique famille Gervais de St-Boniface, qui a rendu tout ça possible et mémorable. Entourés de connaisseurs, de passionnés et d’habitués, ça aide à embarquer du bon pied dans la chaloupe.
 
Il ne restait que la collaboration du poisson. Le premier jour (encore affecté par le stress de la ville, j’imagine), j’avais la patience légère. Faut dire que déprendre la ligne emmêlée de son enfant 46 fois de suite, ça irrite un peu l’hameçon cérébral. Mais la suite n’a été que de mieux en mieux.
 
La pêche en gang est fort agréable. Ça rit, ça discute dans la chaloupe, ça se taquine sur le nombre de prises. J’adore l’ambiance. Mais le deuxième jour, la répartition aléatoire des embarcations m’a permis de passer l’après-midi juste avec mon garçon dans la chaloupe.
 
Une journée magnifique, une petite brise parfaite, tout notre temps et une passion commune pour trouver la bonne technique afin de sortir quelques truites. C’était NOTRE moment père-fils, tous seuls au milieu du lac. C’est là, exactement là, que j’ai pu me synchroniser enfin avec le préado qu’il est devenu.
 
Ce moment de complicité où je découvre que mon petit garçon devient tranquillement plus débrouillard, plus allumé, plus autonome, c’est précieux. Je ne peux même pas expliquer exactement ce qui fait qu’à ce moment précis on ait été parfaitement complices. Mais c’est arrivé et ça fait du bien.
 
On a besoin de ces moments différents, dans notre vie familiale. Sortir de la routine, des consignes et des obligations. Juste apprendre à vivre ensemble différemment des autres jours.
 
C’est mon garçon qui a sorti les trois ou quatre premières truites, le petit bon yenne. Il fallait voir la joie au milieu de son visage sale et rempli de piqûres de moustiques. Ça a été un instant béni. Quelques prises plus tard, il était devenu l’expert qui donne des conseils à son père sur le choix de la bonne cuillère.
 
À ce moment-là, je me demandais si c’était la pêche miraculeuse qui avait rendu l’instant magique. Si on n’avait rien pêché, aurait-ce été aussi agréable?
 
La réponse est venue le lendemain matin quand nous sommes repartis ensemble, mon garçon et moi, pour essayer de prendre d’autres poissons plus vigoureux. Autre technique, autre endroit, mais cette fois, zéro chance. On a passé trois heures à ramener une ligne vide. En souriant.
 
Je vous jure, ce moment-là était aussi précieux que le précédent. J’ai trouvé mon garçon encore plus patient que moi. Il ramenait de l’espoir à chaque tour de moulinet. Aucune plainte, aucune incitation à faire quelque chose de plus palpitant. Un vrai de vrai. Je ne sais pas où était passé son TDAH, mais il n’est pas embarqué avec nous dans la chaloupe.
 
Les truites sont vidées, le linge sale est lavé, mais le souvenir de ce beau weekend de pêche avec mon fils ne s’effacera pas de sitôt.
 
C’est comme si au cours de la fin de semaine, j’avais entrevu les amis que nous allons devenir un jour, lui et moi. Oui, je serai toujours son père et j’ai justement passé pas mal de temps à lui rappeler mille détails fatigants, même au fond des bois.
 
Mais à travers les consignes et les pépins techniques, j’ai découvert le jeune homme qu’il sera bientôt. Et aussi, un complice extraordinaire.
 
J’ai toujours cru que le fond des bois me faisait le plus grand bien ; Qu’il nettoyait mes poumons, qu’il aérait mon cerveau et libérait mon âme.
 
Cette fois, j’ai vu que la nature pouvait aussi m’ouvrir les yeux.