Mylen Vigneault

Dieu parti, c’est la faute des parents!

Dieu parti, c’est la faute des parents!
Libellés : Intérêt général Publié le 17-02-2012 à 12:25

Avertissement : Ce texte ne se prend pas au sérieux. Son auteure n’affirme en rien que les parents doivent se déresponsabiliser et est consciente que les exemples donnés peuvent être caricaturaux.


S’il y a quelque chose qui a changé, peut-être subtilement, au fil du temps, c’est la responsabilité parentale.

De nos jours, plus moyen de se plaindre un tant soit peu, quand on se sent « à boutt ».

On se fait dire: « Assume! »

Plus moyen que notre enfant fasse une erreur, traverse une difficulté, ressente une peine, une peur, sans que ça soit de notre faute.

Je cherche à quelle occasion on pourrait être certains, comme parents, de ne se pas faire renvoyer à notre responsabilité et je ne trouve pas.

Et ça commence dès la conception, voire avant.

Il n’y a même pas 100 ans, on pouvait au moins en rejeter un peu sur quelqu’un qui a le dos large : Dieu.

Même s’il avait un côté culpabilisant, Dieu (ou Yahvé, Mahomet, Jéhovah… name it), il était aussi pratique…

Avant : Une fausse couche, un bébé mort né? La volonté de Dieu.

Maintenant : La mère n’a sûrement pas pris d’acide folique, le père, pas assez de vitamine E. Ils ont mangé, inhalé, pensé ce qu’il ne fallait pas. N’ont pas fait assez de sport, trop fait l’amour, essayé le LSD il y a 15 ans...

Avant : Si un enfant n’avait pas d’ardoise, de chaussures, de collation, etc. pour aller à l’école, c’était parce que Dieu avait décidé que sa famille vivrait dans la pauvreté.

Maintenant : Si l’enfant n’a pas le cahier #827 de couleur cyan, 3 paires de chaussures (dehors, classe, sport) et une collation santé non allergène, c’est dû à la paresse des parents.

Avant : Deux enfants qui se bagarraient étaient des enfants qui se bagarraient.  Après une couple de taloches, on les envoyait se confesser à Dieu, qui s’arrangeait avec le pardon et les conséquences.

Maintenant : Si des enfants se bagarrent, leurs parents ont échoué leur éducation, leur surveillance, leur approche psychologique non violente. Ils ne doivent plus donner de taloches et ils doivent trouver une conséquence adéquate, réparatrice et non traumatisante pour celui qui la reçoit.

Avant : Si un enfant ne voulait pas manger le souper (même si c’était le même depuis 40 jours), il allait se coucher. Et Dieu ne disait rien.

Maintenant : Si un enfant ne veut pas manger ceci ou cela, le parent doit consulter le nutritionniste, lire 38 livres, présenter des assiettes attrayantes (colorées, en forme de superhéros) et peser chaque mot, chaque sourcillement pour ne pas fabriquer un futur trouble alimentaire à Junior.

Avant : Si un enfant tombait en bas de la charrue, se pendait dans la grange, se noyait, se coupait une main à l’usine, etc. C’était pratiquement un geste d’amour de Dieu.

Maintenant : Un enfant se coupe et c’est la faute de ses parents qui n’ont pas acheté des ciseaux qui ne coupent pas.

Avant : Si un enfant échouait à l’école, c’était … pas de la faute de Dieu (à moins d’être handicapé, un autre beau « cadeau » de l’Être céleste). C’était de sa faute à lui.

Maintenant : Si un enfant échoue à l’école, on a beau dire qu’on met toujours tout sur le dos des profs et du système scolaire, rares sont les parents qui ne se font pas dire que tout vient entièrement d’eux. Manque de stimulation, incapacité à gérer les problèmes familiaux, manque d’autorité, créateurs d’enfants rois, mauvaise alimentation pendant la grossesse qui a causé on ne sait plus quel trouble d’apprentissage… En tout cas, Dieu n’est jamais au banc des accusés!

Avant : Un enfant qui rentrait de l’école faisait plaisir à Dieu en accomplissant quelques heures de corvées. Ses parents n’avaient même pas à le remercier.

Maintenant : Un enfant qui se fait demander 20 minutes de ménage songe à organiser une manifestation contre l’esclavage des enfants. (Et c’est la faute de ses parents qui en ont fait un bébé gâté paresseux ou qui simplement, ne valorisent pas suffisamment son estime personnelle pour le pousser à contribuer à garder la maison le moindrement salubre.) S’il consent à effectuer les tâches, il ne faut jamais oublier de le remercier chaleureusement.

Avant : Si un enfant attrapait le rhume, la grippe espagnole, des poux, c’était sûrement un message de Dieu.

Maintenant : Qu’un enfant attrape n’importe quoi, c’est parce que c’est parents ont mal fait leur job.

Avant : Quand un enfant devenait un petit bum, ses parents pouvaient pleurer et en appeler à Dieu pour le remettre sur le droit chemin. Ils se disaient « Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça? »

Maintenant : Quand un enfant devient un petit bum, les parents doivent se psychanalyser pour cibler leur faille parentale, en appeler à divers spécialistes pour se faire dire pourquoi c’est leur faute et comment ramener Junior sur un chemin socialement acceptable. Plus de confessionnal pour le jeune. Aux parents de faire acte de contrition et Dieu, il n’a rien à voir dans le plan d’intervention.

Avant : Quand un parent n’en pouvait plus du comportement de son enfant, il pouvait le menacer de colère divine. (et de coups de strap)

Maintenant : Quand un parent n’en peut plus ben… Il faut qu’il assume, exprime son ressenti de façon respectueuse avec plein de « je », de reformulations, de tendresse…

Avant : Un parent pouvait obtenir de longues minutes de répit en envoyant l’enfant dire son chapelet dans sa chambre.

Maintenant : Pour le même répit, il faut plutôt une console vidéo et encore ;)

 

Bref, il est évident que ça a changé. Et je ne dis aucunement qu’on devrait retourner dans le passé. Les fessées, l’abandon de l’école pour travailler, les dogmes de l’église… très peu pour moi. Et on le sait que comme parents, on est responsables d’accompagner nos enfants de notre mieux. Qu’il est heureux qu’autant de ressources et de professionnels puissent nous aider.

Mais peut-on, parfois, avoir le droit de dire que tout n’est pas toujours de notre faute sans passer pour des parents démissionnaires?

De laisser une part de responsabilité à l’enfant, à l’entourage, à l’école, à la société? Une toute petite?

Je suis la première à ne pratiquer aucune religion. Mais j’ai peur qu’une nouvelle religion se soit installée dans nos vies…

Je ne connais pas son nom, mais dans celle-là, le parent doit assumer les responsabilités d’un dieu et s’excuser de ses erreurs de démon. Sans que personne ne lui rendre Grâce ;)

 

Mais plus sérieusement, je me demande parfois s'il n'y a pas un danger dans tout ça... Si la réussite, le bonheur, l'estime, les comportements, etc de nos enfants reposent entièrement sur nos épaules, comment apprendront-ils à fabriquer leur propre bonheur, leur propre vie? Et que feront-ils, quand nous ne serons plus là? Ça aussi, c'est notre responsabilité de les outiller pour ça. ;)

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