J'ai toujours été fasciné par les gens qui ont choisi de consacrer leurs journées à élever les enfants des autres. Chaque jour, des centaines de milliers de petites frimousses prennent le chemin de la garderie. Ce n’est pas le nombre qui me surprend. C'est qu'il y ait autant gens pour s’en occuper. Il y a quelques jours, les responsables de service de garde (RSG) en milieu familial ont eu une bonne nouvelle : la signature d’une entente qui améliore un peu leurs conditions. Bravo!
(En passant, oui, ce billet est au féminin, afin de simplifier le texte. Et non, je ne ferai pas de distinction entre RSG et éducatrices, pour la même raison).
J’aime les enfants. Mais parfois, je me demande si j’aurais la force de passer mes journées à la garderie, au milieu d’une bande de petites merveilles diaboliques. Qui crient, courent, frôlent les dangers sans broncher, se battent pour un jouet absolument impopulaire deux minutes auparavant, et s’en désintéressent après environ dix-huit secondes. Et que dire des heures de repas! Surveille celui-ci, débarbouille celui-là, convainc le troisième que du brocoli ce n'est pas toxique, ramasse le dégât du premier qu'on a omis de surveiller le temps d’un clin d’œil… De beaux moments. Je n'ose même pas imaginer comment ça se déroule au milieu d'une pleine tablée de démons en plein terrible two. Le CPE doit résonner comme un Centre du Petit Enfer.
Vous allez dire que beaucoup de parents ont la même mission chaque jour, d’élever leur famille et ce, sans être payés. Vous avez raison. Mais quand ce sont nos enfants, ce n'est pas exactement pareil. Pensez aux couches étrangères, par exemple… Élever les enfants des autres, c'est une véritable vocation. Vous n’aimez pas le mot élever ? OK, disons plutôt gérer :
Gérer les caractères de chacun, gérer leur vitesse d'apprentissage différente, gérer les activités, gérer les crises et les tirages de cheveux… Et surtout, gérer ses propres émotions. Ça doit être ça le pire, d'ailleurs: garder son équilibre mental en passant de longues heures au milieu de dix petites centrales nucléaires.
Comme parents, nous avons le droit parfois d'être exaspérés par nos enfants. D’être découragés par leur manque de collaboration. De pogner les nerfs en se demandant ce qui nous a pris de vouloir nous reproduire. Mais pas elles. Elles n'ont pas le droit d'être tannées de nos enfants (en tout cas, pas de le montrer!) Pire, elles ne peuvent même pas se permettre d'en aimer un plus qu'un autre, d'avoir un chouchou et de le serrer dans ses bras plus que son voisin.
Nous avons le droit de choisir comment élever nos petits, de leur inculquer nos valeurs et de les inciter à les suivre. Les éducatrices, elles, doivent se débrouiller avec ce qui vient des parents. Et Dieu sait que les parents n'ont pas tous la même vision de l'éducation…
Les garderies ne sont pas toutes identiques mais elles sont pour la plupart remplies de gens passionnés. Chaque jour, nous sommes des milliers de parents à leur confier nos petits mousses, nos amours, nos vies. Des éducatrices à qui l'on demande d'être parfaites, d'imiter nos bons coups (sans nos erreurs), de leur apprendre tout ce qu'on n’a pas toujours la patience d'enseigner et bien sur de nous complimenter le soir venu sur nos adorables anges.
Oui, en voyant le beau travail qu'elles font, je passerais bien mes journées à la garderie. Pas comme éducateur, mais comme enfant. Chapeau!
Un merci tout spécial à Jacinthe, grâce à qui le « milieu familial » prend tout son sens.


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