En délaissant peu à peu l'apprentissage de l'alphabet pour inculquer la lecture aux enfants, le Québec a fait une grave erreur, affirme un chercheur de l'UQAM. Il propose de revenir à une méthode plus «traditionnelle» qui donne des résultats spectaculaires, selon une vaste étude qu'il a menée.
Il existe deux courants de pensée pour apprendre à lire aux milliers d'enfants qui entrent à l'école pour la première fois, ce matin.
Ceux qui ont fréquenté le primaire il y a plus de 20 ans ont probablement appris à lire avec la méthode dite «syllabique». Il s'agissait d'apprendre à reconnaître les lettres de l'alphabet, pour ensuite déchiffrer les sons produits par ces lettres regroupées en syllabes. On apprenait par exemple que b et a font ba. «On drillait l'alphabet», illustre le professeur Éric Dion, de l'UQAM.
Mais cette façon de faire a été désavouée par certains experts. Ces spécialistes jugeaient que cet apprentissage traditionnel et mécanique de la lecture était «dépourvu de sens», relate M. Dion
C'est alors qu'est apparue la méthode dite «globale.» Au lieu de décortiquer les mots en syllabes, les enfants apprennent à les lire en bloc, comme s'ils les photographiaient pour les reconnaître.
En 2008, cette «théorie» était encore la préférée des profs québécois de 1re année, avait révélé une étude.
Ce virage a été «une erreur», tranche aujourd'hui Éric Dion. «C'était trop radical de penser qu'on pouvait se dispenser du luxe d'enseigner l'alphabet et le décodage aux enfants», lance-t-il.
58 classes testées
Pendant deux ans, Éric Dion a testé une nouvelle méthode d'apprentissage de la lecture auprès de 58 classes de 1re année, en milieux défavorisés.
Baptisée «Apprendre à lire à deux», cette approche a été adaptée d'une méthode américaine par une équipe de l'UQAM. Elle constitue «un compromis intelligent» entre les deux «visions radicales» de l'apprentissage de la lecture, estime Éric Dion.
Avec cette approche, les élèves sont réunis en duos et font du «décodage» de mots à partir des syllabes, comme le prônait la méthode traditionnelle. Mais ils font aussi de la «lecture globale» pour certains mots «courts et extrêmement communs». Ils apprennent ainsi que le mot "est" ne se prononce pas «este».
Les enfants lisent ensuite de courts textes composés de mots qu'ils sont censés pouvoir décoder et se félicitent de leurs progrès. Pour être efficace, la méthode doit être utilisée au moins trois fois par semaine, à raison de trente minutes chaque fois, insiste l'expert.
Trois fois moins d'enfants en difficulté
Les résultats de cette expérimentation, qui viennent d'être publiés dans la prestigieuse revue scientifique Prevention Science, sont spectaculaires. À la fin de l'année, les classes qui avaient testé «Apprendre à lire à deux» comptaient trois fois moins d'élèves en difficulté de lecture que les classes où le prof avait conservé sa méthode habituelle. Ce résultat est d'autant plus positif qu'il a été observé dans des milieux défavorisés.
«Ça veut dire qu'on a deux élèves en difficulté sur trois qui finissent la première année en lisant, alors qu'ils n'auraient pas lu correctement [s'il n'y avait pas eu cette méthode]», se réjouit Éric Dion.
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Marielle Potvin 30 Aout, 2010
à 09:58
J’aimerais apporter quelques précisions, quand on parle de l’apprentissage de l’alphabet.
En tant qu’orthopédagogue, je constate qu’on associe cet apprentissage à la lecture, alors qu’il n’en est rien. Pour le saisir davantage, je vous invite ici: http://j.mp/3wsw8N
À retenir absolument: une lettre se voit, alors qu’un son s’entend.
Il est d’une grande importance de distinguer les deux, puisque ces aspects causent bien des confusions chez l’enfant.
D’ailleurs, s’il est utile d’apprendre l’alphabet, c’est seulement pour chercher dans le dictionnaire, ce que l’apprenti lecteur ne fera pas avant quelques années, non ?