Peut-on apprendre parfaitement une deuxième langue à l’âge adulte? Selon une hypothèse formulée dans les années '60, on ne deviendrait pas parfaitement bilingue si l’on n’apprend pas cette deuxième langue avant l’âge de neuf ans puisqu’il y aurait une diminution de la plasticité du cerveau après cette période critique.
«D’après cette théorie très controversée, les zones cérébrales responsables du traitement du langage se “rigidifient” avec l’âge, rendant l’apprentissage d’une nouvelle langue plus difficile», déclare Brigitte Stemmer.
Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer l’effet de l’âge d’acquisition sur la maitrise d’une deuxième langue, ajoute la professeure du Département de linguistique et de traduction. Une autre explication attribue par exemple la difficulté à une maturité physiologique.
Ainsi, l’acquisition d’une langue étrangère se ferait d’autant plus facilement chez les enfants âgés de 2 à 13 ans. Introduit plus tard, l’apprentissage peut être ardu et la langue apprise risque de souffrir de lacunes.
Ces hypothèses du célèbre neurochirurgien Wilder Penfield et du linguiste Eric Lenneberg ont fait l’objet de plusieurs études. «Depuis, la science a montré que rien n’est aussi simple, souligne la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences et en neuropragmatique. Par exemple, on sait aujourd’hui que le cerveau continue de s’adapter même à l’âge adulte. Il y a également des facteurs sociaux et psychologiques à considérer dans l’apprentissage d’une langue étrangère ou d’une deuxième langue.»
En collaboration avec des chercheurs de l’Université de Bochum, en Allemagne, Mme Stemmer tente justement de déterminer quel est l’effet de l’âge dans l’acquisition d’une deuxième langue.
«Nous voulons savoir s’il est possible pour un adulte de maitriser une langue étrangère aussi bien qu’une personne dont c’est la langue maternelle. Dans quelle mesure les facteurs émotionnels et cognitifs ont-ils une incidence sur l’apprentissage? Existe-t-il des différences cérébrales entre l’apprentissage naturel de sa langue maternelle et l’apprentissage d’une deuxième langue?»
Pour apporter des réponses à ces questions, Mme Stemmer et ses collègues évalueront les aptitudes langagières et écrites de jeunes étudiants français, anglais, arabes, espagnols et polonais inscrits dans une université allemande pour apprendre la langue de Goethe.
La recherche, qui s’échelonnera sur plusieurs années, tiendra compte des différences individuelles comme les capacités d’attention et de mémorisation ainsi que de l’influence socioculturelle et du rôle de la motivation dans l’apprentissage.
Dans une seconde phase de l’étude, l’équipe recherchera des traces de la langue dans le cerveau à l’aide de l’électroencéphalogrammeà haute résolution et de l’imagerie cérébrale par résonance magnétique. Grâce à ces techniques, on peut observer les zones du cerveau qui sont activées durant des tâches précises liées à la langue maternelle ou à la deuxième langue.
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