4-5 
ans

Les bienfaits de la garderie perdurent au primaire

Libellés : 4-5 ans, Éducation Publié le 06-12-2010 à 14:36

Selon une étude menée à l'Université de Montréal et publiée dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, la garde effectuée par des éducatrices en dehors du milieu familial immédiat offre une meilleure préparation à la vie scolaire que celle des mères peu éduquées, dit cette étude qui relate sept années d'observation auprès de 2000 enfants nés au Québec en 1997 et 1998. «Ce mode de garde est positivement associé à des tests cognitifs comme le vocabulaire réceptif [la capacité de comprendre les mots prononcés par un interlocuteur] et les compétences en lecture et en mathématiques», indique l'auteure principale de l'étude, Marie-Claude Geoffroy, qui signe l'article avec des têtes d'affiche dans le domaine (dont Richard Tremblay, Sylvana Côté et Jean Séguin, de l'Université de Montréal). Au total, huit chercheurs de trois pays y ont travaillé.

L'équipe a montré par ailleurs que la garde «informelle» (effectuée par une gardienne ou un membre de la famille élargie) présente un certain avantage sur la garde parentale pour les enfants de mères ayant un faible niveau de scolarité. «Les effets persistent au-delà des années préscolaires et sont observés sur plusieurs indicateurs cognitifs à l'âge de six ou sept ans», poursuit la chercheuse.

La politique des centres de la petite enfance (CPE), à sept dollars par jour, est donc «une avenue prometteuse, peu couteuse et largement accessible», affirme Marie-Claude Geoffroy, qui fait actuellement des études postdoctorales en Angleterre grâce à une bourse des Instituts de recherche en santé du Canada. En dépit d'un manque de places dans les CPE, un problème auquel le gouvernement doit continuer de s'attaquer selon elle, cette politique permet à des jeunes d'être mieux préparés lorsqu'ils arrivent à l'école, particulièrement quand ils grandissent dans une famille où la mère est peu scolarisée.

La spécialiste suggère de faire un pas de plus vers les populations à risque. «Compte tenu que la fréquentation des services de garde pourrait jouer un rôle à plus long terme dans la prévention de l'échec scolaire chez les groupes d'enfants vulnérables, des places supplémentaires pourraient être créées dont l'accès serait gratuit et priorisé pour les familles dans le besoin», déclare-t-elle.

En 2007, Mme Geoffroy avait montré dans la même revue que les enfants issus de milieux défavorisés avaient de meilleurs résultats en vocabulaire réceptif à l'âge de quatre ans s'ils avaient été gardés à temps plein pendant la première année de vie. Par contre, en raison des limites méthodologiques, plusieurs questions importantes pour l'intervention dans ce domaine demeuraient sans réponse.

«On s'est demandé si les résultats supérieurs étaient dus au fait d'être gardé par une autre personne que la mère ou le père ou si c'était le fait d'être gardé dans un mode de garde particulier», explique-t-elle. De plus, on ignorait si les effets sur le vocabulaire réceptif à l'âge de quatre ans persisteraient dans le temps, alors que l'enfant évolue dans un autre environnement, c'est-à-dire l'école. S'observeraient-ils sur d'autres indicateurs cognitifs (en plus du vocabulaire réceptif), notamment la préparation scolaire et la réussite scolaire? L'étude publiée aujourd'hui répond en partie à ces questions.

Pour parvenir aux plus récents résultats, les chercheurs ont recueilli des renseignements auprès des mères sur le mode de garde de leurs enfants. Ils ont noté les modalités de garde de cinq mois à quatre ans. À l'école maternelle, les enfants ont subi des tests évaluant leurs habiletés langagières et leur degré de préparation scolaire. Ces tests ont révélé que les enfants dont la mère a un faible niveau d'éducation sont moins bien préparés pour l'école et ont un niveau de langage plus faible que les autres. À la première année de l'école primaire, les observations se sont confirmées.

«Bien qu'on ne puisse tirer de conclusions causales, les recherches sur les milieux de garde dans la population en général laissent penser que la fréquentation de la garderie offre aux enfants démunis une expérience compensatoire leur permettant d'arriver mieux préparés à l'école», concluent les chercheurs.

L'expertise de Marie-Claude Geoffroy lui a ouvert les portes du University College, à Londres, où ses travaux visent à comprendre comment «différentes conditions de vie, depuis la gestation jusqu'à l'âge adulte, façonnent des états de santé différents».

En collaboration avec les chercheurs britanniques Chris Power et Leah Li, ainsi que Clyde Hertzman, de l'Université de la Colombie-Britannique, elle examine les liens entre le stress biologique et les problèmes cognitifs à l'âge adulte relativement aux circonstances de vie durant l'enfance. «La recherche et la clinique sont deux sphères qui me passionnent pour des raisons diverses», commente la jeune femme dont la formation à l'Université de Montréal a été reconnue par la British Psychological Society. Cela lui donne le droit d'exercer la psychologie clinique et de porter le titre de psychologue en Grande-Bretagne.

Mme Geoffroy aimerait bien revenir au Québec d'ici quelques années pour y travailler. «J'ai eu un grand plaisir à étudier la psychologie et j'aimerais bien avoir la chance de rendre ce que j'ai reçu en l'enseignant à mon tour», dit-elle.

  • UdeMNouvelles

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