Les nombreux avocats embauchés par le ministère de l'Éducation et neuf commissions scolaires n'ont pas réussi à décourager des parents qui les poursuivent, depuis 2003, pour améliorer le sort des enfants dyslexiques. Sept ans plus tard, ceux-ci attendent impatiemment le verdict du tribunal et promettent «d'aller jusqu'au bout», quoi qu'il arrive.
«On sait que si on arrête, la situation vécue par notre fils va continuer, explique Jacques Desgagné. Tout au long des procédures, on sentait que la cause était plus grande que nous. On voyait qu'il fallait pousser ça jusqu'au bout.»
«Si la dyslexie est héréditaire, comme on le croit, je ne veux pas que notre fils revive ça avec ses enfants», renchérit sa conjointe, Christine Frigon.
Besoins des enfants
Le fils du couple, Thierry, est dyslexique, a déjà statué un expert.
Au début des années 2000, ses parents sont découragés du traitement qui lui est réservé dans les écoles de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries, sur la Rive-Sud de Montréal. Le garçon passe d'une classe spéciale à une autre et sa mère commence à craindre pour son avenir. «On s'est aperçu que l'école n'était pas adaptée aux besoins des enfants dyslexiques, dit Christine Frigon. On sentait que Thierry avait les capacités de faire plus que ce que l'école lui proposait.»
Après plusieurs démarches infructueuses pour changer la situation, les parents contactent l'avocat Gilles Gareau, qui entame des procédures de recours collectif contre le ministère de l'Éducation et neuf commissions scolaires.
«Ce qu'on veut, c'est que les écoles s'occupent des enfants dyslexiques, qu'elles fassent du dépistage et entreprennent des actions pour aider les élèves dès la première année», dit Jacques Desgagné.
Les six années qui suivent sont parsemées de rebondissements judiciaires. En cours de route, quatre commissions scolaires sont exclues du recours collectif.
Le procès se tient finalement, entre novembre 2009 et mars 2010, devant le juge André Roy de la Cour supérieure. Une cinquantaine de jours d'audience ont lieu.
«C'était stressant, confie Christine Frigon. On s'est retrouvé face à une grosse machine, devant des gens très articulés», dit-elle. Sur recommandation de leur avocat, les parents préfèrent toutefois ne pas parler du déroulement du procès pour l'instant.
Vitesse de la justice
Cela fait maintenant cinq mois qu'ils se croisent les doigts, en attendant le verdict du tribunal.
Après toutes ces années, une décision favorable aurait bien peu d'impact sur leur fils Thierry, qui est maintenant âgé de 20 ans. Le jeune homme est sur le point de terminer ses études secondaires, à l'école spécialisée Vanguard. Il ne lui reste qu'à réussir un cours de français et un cours d'anglais, deux matières particulièrement difficiles pour les élèves dyslexiques.
«Quand on a décidé de s'embarquer là-dedans, on était conscient de la vitesse de la justice, dit Christine Frigon. On s'est aperçu qu'on ne se battrait probablement pas pour lui, mais pour des enfants à venir.»
| * C'est une difficulté que certaines personnes éprouvent avec l'alphabet, la lecture, l'écriture et l'épellation. * La dyslexie est probablement d'origine génétique et héréditaire. * Elle se manifeste de plusieurs façons, par exemple en inversant des lettres dans un mot (b au lieu de d) ou en ayant de la difficulté à déchiffrer les syllabes d'un mot. * Jusqu'à 23% de la population souffrirait d'une forme de ce trouble, selon l'Association canadienne de la dyslexie. |
Facture salée pour les contibuables
La bataille que livrent Christine Frigon et Jacques Desg agné au ministère de l'Éducation et à plusieurs commissions scolaires aura coûté une petite fortune aux contribuables.
Chaque commission scolaire visée par le recours collectif embauche depuis sept ans une firme privée d'avocats pour la représenter.
Le ministère de l'Éducation est défendu par des procureurs de Justice-Québec, mais il a aussi dû débourser d'importants frais pour d'autres services de nature juridique.
Des milliers de dollars ont notamment dû être versés à des sténographes, l'an dernier, a appris le Journal de Montréal. Les deux parents à l'origine du recours ont eux-mêmes bénéficié du soutien du Fonds d'aide aux recours collectifs, qui a défrayé les honoraires de leurs avocats.
Dans les «six chiffres» ?
Après sept ans de procédures, Jacques Desgagné ne serait pas surpris que les honoraires de tous les avocats impliqués dans le dossier «dépassent les six chiffres.»
«Je pense que cet argent-là aurait pu être mis dans l'aide aux enfants, dans les écoles», déplore-t-il.
Sa conjointe abonde dans le même sens. «Si le ministère de l'Éducation et les commissions scolaires ont à coeur les enfants, pourquoi ont-ils besoin d'un jugement de Cour pour bouger ?», demande Christine Frigon.
Les cinq commissions scolaires toujours visées par le recours collectif sont la CS des Grandes-Seigneuries, la CS Marie-Victorin, la CS des Patriotes, la CS de Laval et la CS de Montréal.




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Mamanbooh! 24 Aout, 2010
à 14:49
Je trouve cette situation pathétique…
Et je lève mon chapeau pour ces parents qui se battent pour la cause, alors que leur propre fils ne pourra pas en bénéficier directement.
Je pense que quand on sort des sentiers battus et qu’on a à coeur une cause, on parle vraiment de dévouement.
C’est effectivement dommage que toutes ces enveloppes budgétaires soient consacrées à des batailles juridiques plutôt qu’à des services dont les élèves ont besoin.
Je pense aussi pouvoir vous prédire que ce genre de procès risque de devenir de plus en plus populaire en raison de toutes les coupures et de l’intégration des élèves sans offrir les vrais services dont ils ont besoin.
Heureusement, les parents s’informent de plus en plus, ils cherchent de l’aide, ils se regroupent et prennent la parole.
Julie Philippon (Mamanbooh!)
Maman de deux enfants ayant des troubles neurologiques et de probables troubles d’apprentissages