PUBLICITÉ

Il me reste un an pour commencer à le frapper

Comportements image article
Je suis tombé récemment sur une entrevue de la Sénatrice Céline Hervieux-Payette, et j’en suis resté bouché bée. Elle parlait de son combat des dernières années pour faire abolir une loi vétuste concernant l'utilisation de la force pour éduquer un enfant.
 
Ah oui, j’avais oublié ça. Le droit d’user de la violence comme outil d’apprentissage. Et dire que je me passe de ce privilège depuis si longtemps.
 
Donc, si je lis bien la loi, sur son vieux papier rabougri:
"Tout instituteur, père ou mère, ou toute personne qui remplace le père ou la mère, est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances."
 
Mais c’est fascinant, tout ça. La création de cette loi date de 1892. Ce n’est pas une coquille, vous avez bien lu 1892. On a depuis abandonné la portion scolaire, mais on a gardé le reste intact.
 
En 2003, la Cour Suprême du Canada s'est penchée sur la question… pour finalement en conclure que tout ça était bien parfait. Oh, on a quand même tenu à baliser les méthodes. Ainsi, les actes de violence physique sont bons seulement pour éduquer les enfants âgés entre 2 et 12 ans. Les objets ne sont pas permis. Et il faut viser ailleurs que la tête.
 
Aaaah, diable. Et dire que mon plus vieux aura bientôt 11ans, ce qui me laisse seulement quelques mois pour faire valoir mon droit punitif. À titre éducatif, bien sûr. Imaginez toute l'éducation qu'il a ratée en ne subissant pas la fessée pendant toutes ces années! J'ai honte. Quel père indigne.
 
Et si je tarde trop et qu'il met le trouble le lendemain de ses 12 ans, quelle déception ce sera de ne plus pouvoir rien faire. "Ah, toi, j'aurais dû te battre hier pendant que la loi ne le permettait!"
 
Vous devinez bien que je blague. Mais ce n'est pas drôle. Je ne peux pas croire qu'une société se trouve plus évoluée en offrant des balises virtuelles pour justifier l'utilisation de la violence à titre éducatif.
 
De la violence éducative? Mais quelle sorte d'information pertinente un enfant peut-il apprendre comme ça? Que ses parents sont en ta…? Que crier trop fort peut donner mal aux fesses?
 
Et pour ceux qui se demandent pourquoi la loi empêche d’avoir recours à la force après 12 ans, c’est que ça risquerait de déclencher un comportement antisocial ou agressif. Je vous jure, ça ne s’invente pas. C’est préjudiciable avant 2 ans et après 12 ans. Mais entre les deux, que la force soit avec vous.
 
Je sais que le débat sur ce sujet n'est pas encore terminé. Et même que plusieurs personnes défendent ce droit. J’ai même entendu des gens affirmer avoir subi ce genre « d’éducation » étant plus jeunes, et qu’ils n’en sont pas plus malheureux maintenant. Ah bon. En sont-ils plus heureux?
 
***
Remarquez, tant qu’à baliser et banaliser une loi du 19e siècle pour lui donner des airs modernes, aussi bien le faire pour vrai.
 
D’abord, on devrait remplir un formulaire administratif pour pouvoir donner une correction. Oui, votre enfant est tannant un soir, vous faites une demande de permis de le frapper, et vous attendez la réponse du Ministère dans les 4 à 6 semaines.
 
Ou alors, si on donne le droit de frapper les enfants pour leur apprendre quelque chose, serait-il possible de le permettre aussi sur les adultes? Avouez que c’est surtout là qu’il y a des claques qui se perdent. Quand les grandes personnes font des bêtises à répétitions, quand ils sont les artisans de leur propre malheur ou qu’ils montrent qu’ils n’ont encore rien compris à la vie, on pourrait avoir le droit de leur balancer une fessée, non? C’est éducatif!
 
***
Les pays scandinaves (Suède, Finlande, Norvège), que je considère souvent comme des modèles pour nous, ont complètement aboli l’utilisation de la violence faite aux enfants. Tout comme 42 autres états dans le monde, dont le Togo, le Soudan ou le Tukménistan. Mais pas le Canada.
 
C’est pas facile d’être parent. Les enfants ont un don inné pour appuyer sur notre bouton « Panique » et nous faire grimper dans les rideaux. Tout le monde a déjà pogné les nerfs, hurlé après ses petits monstres et tout le monde a déjà saisi un enfant vivement par le bras. Mais entre ça et donner le droit de frapper, il y a une marge.
 
Bref, si vous voulez en savoir plus sur le projet de loi de la Sénatrice et sa pétition, voici le lien. Vous allez voir, ça frappe.