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L’importance de croire aux légendes

Développement de l'enfant 4-5 ANS image article

Chaque parent redoute la question qui tue : « Est-ce que c’est vrai, le Père Noël? »

D’un côté, il y a le besoin d’entretenir le mythe aussi longtemps que possible. De l’autre, le principe qu’on ne devrait jamais mentir à ses enfants. Comment faire la part des choses?

 

La psychologie

Selon Garine Papazian-Zohrabian, psychologue clinicienne et professeure adjointe en psychopédagogie à l’Université de Montréal, on peut déterminer si l’enfant est prêt en lui retournant la question : « Toi, qu’en penses-tu? Crois-tu qu’il existe? »

« Vers 6 ou 7 ans, les enfants atteignent l’âge de raison et commencent à développer la notion du temps, de l’espace… C’est à ce moment-là que le doute s’installe », explique la psychologue. En invitant l’enfant à réfléchir de lui-même, on évite de le « désinformer », ce qui pourrait nuire à son développement.

En bas âge, les légendes se veulent des repères importants pour les tout-petits, alors qu’ils essaient de s’expliquer la réalité. « L’enfant ne comprend pas encore le monde comme nous, et les légendes deviennent alors des symboles des thèmes universels comme le bien et le mal. Dans les histoires, le bien finit toujours par gagner et c’est pourquoi il est rassurant d’y croire. » Mme Papazian précise également que « les enfants qui vivent dans un contexte difficile ont un plus grand besoin de ces personnages, qui deviennent une source de réconfort ».

Même si la découverte de la vérité entraîne une déception, c’est une étape à franchir pour grandir. « Une fois l’enfant prêt, il doit reconnaître le bien dans le vrai monde et ne pas s’accrocher à l’imaginaire. Par peur de décevoir et en voulant “trop bien faire”, certains parents retardent le développement de leur enfant. »

 

L’imaginaire

Pour Jocelyn Bérubé, conteur et musicien depuis plus de 40 ans, les personnages légendaires occupent une grande importance dans l’imaginaire des enfants. « Ils sont très proches d’eux, pour eux ils existent. Ils deviennent une référence pour les enfants, une assise pour leur imaginaire ».

Les légendes sont appelées à évoluer, au rythme de la société. « Le Père Noël tel qu’on le connaît n’a même pas cent ans : Coca-Cola a transformé le bon Saint-Nicolas et a popularisé son image. » Même chose du côté des lutins de Noël et leurs coups pendables. « Il y a aussi longtemps que le Moyen-Âge, en Europe, les lutins tressaient des nœuds dans les crinières des chevaux pendant la nuit. »

À l’inverse, certaines légendes sont appelées à disparaître. Qui craint encore le Bonhomme Sept Heures, avec son grand sac et qui, la nuit venue, enlevait les enfants qui refusaient de dormir? « C’était bien beau à la campagne, dans les rangs, avec la grande noirceur. Mais aujourd’hui, il n’a plus sa place : la réalité a eu raison de lui. »

 

Garder le mythe vivant

En tant que société, en tant qu’humanité, nous cherchons à protéger nos légendes aussi longtemps que possible. « C’est que l’enfant en chaque adulte vit toujours », croit Mme Papazian. « On reconnaît qu’on avait besoin de ce monde magique et rassurant, et de croire que le bien va gagner. On veut préserver l’enfant en l’autre. »

Même son de cloche du côté du conteur. « Avec le recul, les enfants seront contents d’y avoir cru. Puis ça sera leur tour de protéger la légende. C’est comme ça que nos traditions se passent, d’une génération à l’autre, d’une bouche à une oreille ».