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Le tunnel et la lumière

Écoles et études image article
Oh, l’école, ce n’est pas toujours une partie de plaisir.
 
Je comprends que pour bien des ados, c’est long, c’est pénible et c’est pas super palpitant. Se lever (trop tôt) le matin, devoir endurer d’autres élèves plus ou moins agréables, rester coincé sur une chaise, écouter un prof, être testé sur notre compréhension, voir nos capacités remises en doute, tout ça est moins rigolo que de jouer à la Playstation.
 
Je n’imposerai pas à mes enfants de toujours aimer l’école. Je vais comprendre que certains matins, ça ne leur tente pas. Que certains après-midis, ils attrapent le fixe, la joue accotée sur la main. Que certains dimanches soirs, ils aient le blues.
 
Je vais comprendre que devant leurs amis, ils lancent fièrement un « Moi j’haïs ça, l’école! » bien senti, juste pour avoir l’air cool. C’est correct. On passe tous par là.
 
Mais surtout, ce que je souhaite, c’est qu’au-delà de ces petits irritants, l’école allume en eux une petite lueur qui va briller le plus longtemps possible. Comme une veilleuse qui se réveille un jour. Par un rêve, une passion, un espoir, une illumination, n’importe quoi.
 
Et c’est sans doute ça le plus important pour rester à l’école. Un but, même flou, même lointain, même inatteignable, c’est tout de même une motivation. Comme une vague lumière au bout du tunnel.
 
C’est ce qui manque trop souvent aux jeunes décrocheurs. Le terme officiel est « l’indécision vocationnelle ». En d’autres mots : N’avoir aucune idée de ce qui nous allume l’âme.
 
L’ironie du sort, c’est que les enfants n’ont jamais eu autant choix que maintenant pour leur parcours scolaire. Les spécialisations, les programmes artistiques, le sport-études, ils ont vraiment l’embarras du choix (quand ils ont une passion claire). Même chose pour leurs activités. Leurs parents sont prêts à tout pour meubler leur horaire. Hockey, soccer, danse, peinture, karaté, piano, n’importe quoi.
 
Si tout ça peut au moins servir à allumer quelque chose en eux, ce sera une grande réussite. On trouve tous que la fameuse question « Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie? », elle fait peur. Nous-mêmes, à 15 ans, nous n’en avions pas une idée précise. Décider d’une branche est déjà un dilemme troublant pour le CEGEP.
 
C’est là qu’avoir une petite passion cachée, ça peut être utile. Ça ne règle pas tout comme par magie, mais ça aide.  C’est rare qu’on fasse vraiment le métier dont on rêvait quand on était petit. Et de toute façon, le métier que nos enfants feront plus tard n’est peut-être pas encore inventé. À 10 ans, je ne pouvais pas rêver d’être blogueur : Internet n’existait même pas!
 
Non, moi quand j’étais au primaire, je rêvais d’écrire dans un journal. Pas nécessairement pour dire quelque chose, mais juste parce que j’aimais les journaux. La texture, l’odeur, le bruit des pages. Je me suis inventé un rôle de journaliste dans la cour d’école juste pour publier (à la dactylo ou à la main!) des petits journaux relatant les péripéties de la récréation ou les résultats du hockey du midi.
 
Cette petite flamme est restée allumée assez longtemps pour qu’au moment opportun, devant le vide de la fin du secondaire, je choisisse les communications.
 
Finalement, je n’ai jamais écrit dans un journal. Mais j’ai plutôt découvert la radio, un amour qui dure depuis 20 ans. Et vous voyez, la passion de l’écriture a trouvé le moyen de revenir sur un autre support. Pour mon amour de la texture et de l’odeur des journaux, j’ai pris un abonnement.
 
Notre rôle de parents, ce sera donc de les aider à allumer une petite lumière en eux et ensuite de la garder vivante le plus longtemps possible. Parce que sans elle, un jour, ils trouveront peut-être le tunnel bien long et bien sombre.