PUBLICITÉ

Tous égaux à la rentrée?

Écoles et études 6-7 ANS image article
Présenté par

Les bancs d’école québécois sont-ils accueillants pour tous? Le programme québécois de lutte contre le décrochage scolaire — appelé Agir autrement — se fait critiquer ce mois-ci, mais on parle peu de la réussite des élèves immigrants.

«Il y a peu d’études longitudinales sur cette question. Leur parcours est cahotique et souvent jonché de difficultés», s’inquiète Yamina Bouchamma, du Département des fondements et pratiques en éducation de l’Université Laval.

La chercheuse du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES) s’est particulièrement intéressée à la francisation, la scolarisation et la socialisation des élèves immigrants en milieu minoritaire francophone du Nouveau-Brunswick.

Yamina Bouchamma a relevé de nombreux obstacles qui se dressent entre le jeune immigrant et la réussite scolaire : langue, baisse d’encadrement parental, diminution des contacts entre la famille et l’école, etc.

décrochage scolaire: mitigé
Le constat du programme québécois de lutte contre le décrochage scolaire, après sept ans, se révèle très mitigé : peu d’amélioration de la motivation scolaire et de la performance dans les matières de base des adolescents défavorisés. En dépit de certaines améliorations, notamment dans le climat scolaire et la collaboration entre la famille et l’école.

Les clés de la réussite

Lorsque les élèves maîtrisent la langue, leur parcours scolaire ne présente pas de grandes différences avec leurs comparses canadiens. Mais lorsque ce n’est pas le cas, les jeunes immigrants vivent un important isolement social. Une épreuve particulièrement difficile pour les adolescents, chez qui les réseaux sociaux s’avèrent si importants.

Cela se complique encore lorsque les parents immigrants ne parviennent pas à trouver un emploi. Les jeunes se disent alors: pourquoi étudier? Alors que le diplôme «est pourtant vu comme une bouée de sauvetage chez les parents», relève la chercheuse.

Elle se penche actuellement sur les pratiques exemplaires et le sentiment d’efficacité d’acteurs scolaires dans l’inclusion des élèves immigrants. Pour elle, il importe avant tout d’accueillir ces élèves en reconnaissant leurs limites et leurs besoins particuliers.

Une situation souvent mal perçue en région, par le personnel de l’école. «C’est difficile dans les petites villes. Le personnel scolaire n’est ni préparé, ni sensibilisé aux problèmes liés à l’immigration», relève Yamina Bouchamma. La chercheuse a d’ailleurs récemment publié un ouvrage sur la question, L'intervention interculturelle en milieu scolaire.

Sa recommandation: le personnel enseignant devrait retourner sur les bancs d’école pour être mieux formé au multiculturalisme. «C’est à l’école de faire la différence. L’éducation à la citoyenneté devrait se faire de part et d’autre».

enfants d'immigrés: réussite modeste
Une récente étude exploratoire (janvier 2008) montre que les enfants d’immigrés réussissent moins bien que les petits Québécois. Ils sont moins nombreux à obtenir un diplôme – 55,9% contre 61%, cinq ans après leur entrée au secondaire. Un écart qui se réduit cependant de trois point après la septième année. Évidemment, tous les immigrés ne sont pas égaux sur les bancs d’école. Généralement, les élèves originaires du Moyen-Orient et de l’Asie se partagent de meilleures places.

 


 

Références :

- « Francisation, scolarisation et socialisation des élèves immigrants en milieu minoritaire francophone du Nouveau-Brunswick : quels défis et quelles perspectives » , un récent rapport de Yamina Bouchamma (2009).

- « L'intervention interculturelle en milieu scolaire », par Yamina Bouchamma aux Éditions de la Francophonie (2009).

- Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).