Pour tous

Coupables!

Libellés : Pour tous, Vie de famille Publié le 10-02-2012 à 07:00

Vous êtes mère, alors vous la ressentez. Oui, oui, elle est là, dans votre tête, votre cœur. Impossible de le nier, dès que votre enfant pleure en public (vous n’avez sûrement pas exécuté la méthode de gestion de crises de Super Nanny correctement!), que vous vous rendez compte, le soir en préparant un souper équilibré et protéiné (rien de moins!), que votre fils est allé à la garderie avec un bas troué (mais que vont penser les éducatrices!), vous la sentez monter. Cette petite (ou grande) pointe de culpabilité qui vous serre le cœur et qui grandit afin de toujours vous amener à remettre en question vos compétences parentales. Nous sommes toutes pareilles. Car, dès que nous avons accouché d’un enfant, nous accouchons aussi du sentiment de la culpabilité maternelle.

Nous le savons, nous vivons dans une société qui prône la performance. Cela va donc de soi, nous nous devons de performer, dans toutes les sphères de notre vie, ce qui inclut par le fait même la maternité et la vie de famille. Dès la naissance de notre enfant, l’œil critique d’agents externes se tourne vers nous et n’attend rien de moins que nous réussissions à atteindre la perfection.

Bien sûr, il faut réussir son allaitement. Gare à celles qui décideront de faire autrement, vous pourriez passer pour une extra-terrestre qui ne désire absolument pas le bien de son enfant!

Culpabilité : 1. Vous : -1

Chez le pédiatre, votre bébé doit mesurer une certaine grandeur et peser un certain poids. Il est trop petit, trop gras? Mère indigne, surveillez davantage son alimentation, voyons!

Culpabilité : 2. Vous : -2

Et quand commence la garderie (quoi, votre enfant fréquentera une garderie?!

Culpabilité : 3. Vous : -3

Vous vous sentirez un monstre de déposer votre trésor très tôt (alors, qu’on le sait bien, les autres enfants sont encore à la maison en train de faire un bricolage éducatif avec leurs parents!) ou d’aller le récupérer seulement quelques minutes avant que la garderie ne ferme ses portes (changez de travail, voyons!). Culpabilité : 1000. Vous : -1000.

Bien que les choses tendent à changer et que, fort heureusement, les papas soient maintenant beaucoup plus impliqués dans la vie familiale, nous le savons, les défauts relatifs à la planification de la maisonnée incombent toujours à la mère. C’est culturel, naturel ou représentatif d’une société dysfonctionnelle, la mère est responsable de tout. Paula Caplan, éminente psychologue américaine s’étant penchée sur le phénomène de la culpabilité des mères, a d’ailleurs publié, il y a quelques années, une recherche portant sur 125 articles parus dans de grandes revues de psychiatrie américaine. Cette étude qui visait à dépister la pression mise sur les épaules des mères à travers ces 125 articles révélait que 72 pathologies différentes allant de « l’incontinence nocturne à la schizophrénie en passant par l’inaptitude à gérer le daltonisme » seraient encore et toujours imputées aux mères. Mauvaise mère, votre fille est daltonienne! La psychanalyse, par le biais de Freud entre autres, s’est aussi penchée sur la question. Pourquoi les mères se sentent-elles, un jour ou l’autre, coupables? Coupables de ne pas exceller autant qu’elles le voudraient dans leur rôle de mère, coupables de ne pas être en mesure d’offrir tout ce qu’elles devraient offrir à leur enfant, coupables d’être monoparentales, coupables de ne pas savoir cuisiner le macaroni au fromage comme les autres? Pourquoi tout ce qui est relatif à l’enfant et la famille est du ressort de la mère? Car maintenant que nous savons qu’un enfant doit obligatoirement s’épanouir, réussir et être heureux, la conception du rôle de la mère s’est transformée. La femme qui porte l’enfant doit lui fournir absolument tous les outils nécessaires afin qu’il parvienne au statut d’enfant émancipé-épanoui-heureux-autonome. S’il ne réussit pas à atteindre ces hautes sphères, c’est probablement la faute de sa mère…

Récemment, nous, équipe de Mères & Cie, avons réalisé un petit sondage maison via notre page Facebook. À la question « Faites-vous partie de ces mères qui se sentent toujours, parfois ou jamais coupables? Vous savez, cette petite culpabilité maternelle qui apparait dès qu'on accouche de notre premier enfant et qui ne disparait plus jamais par la suite? », 35 % des mamans qui ont répondu à notre sondage ont avoué se sentir perpétuellement coupables de tout et 65 % affirment ressentir la culpabilité maternelle de temps à autre, quand un pépin survient et qu’elles savent qu’elles auraient pu l’éviter. Par contre, 0 % des femmes ayant répondu au sondage ne ressent jamais de culpabilité. Pas une. Vous reconnaissez-vous?

L’automne dernier, la célèbre Dre Nadia Gagnier publiait dans La Presse un article faisant référence à cette damnée culpabilité maternelle. Elle expliquait : « En fait, ce qu'il ne faut pas confondre, ce sont les termes “être responsable” et “être coupable”... Être responsable signifie d'être en pouvoir de prendre une décision sans avoir à se référer préalablement à une autorité supérieure. Être coupable signifie d'avoir commis un acte répréhensible qui doit être puni ou condamné. C'est toute une différence! » Elle est peut-être là, la pointe de notre iceberg maternel. Et si on ravalait notre culpabilité pour nous sentir davantage (et uniquement!) responsables d’une situation. À partir de ce constat, les responsabilités se divisent et se partagent tellement mieux que la culpabilité, vous ne trouvez pas? Je continuerai d’y penser, en me flagellant pour avoir oublié la poupée de mon aîné dans le taxi, la semaine passée…

Références

1. Caplan, Paula J., & Hall-McCorquodale, Ian.  Mother-blaming in major clinical journals. American Journal of Orthopsychiatry, 55, 1985, 345-353.

2.
 Article Quand les mamans se sentent coupables, par Dre Nadia Gagnier, paru le 6 septembre 2011 dans La Presse

Ce texte provient de nos amies de chez Mères & Cie

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