Devenir parents

La paternité tardive, nouveau rythme de vie ?

Libellés : Devenir parents, Vie de famille Publié le 12-05-2011 à 05:00

J'étais excité comme une puce quand j'ai appris que j'allais être papa à nouveau». Jean-Pierre, 60 ans, est fou de joie quand sa femme, de 27 ans sa cadette, lui annonce qu'elle est enceinte, à Noël 2008. Pour Carl Lacharité, psychologue et professeur au département de psychologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), «la réaction de Jean-Pierre n'est pas typique d'un homme qui a déjà élevé une famille et qui apprend que sa nouvelle et jeune conjointe est enceinte. L'ambivalence est probablement la réaction la plus fréquente pour les hommes dans cette situation.»

Pour Sabrina, c'est une première grossesse. Jean-Pierre a déjà un enfant, issu d'une première union, et est grand-père deux fois depuis dix ans, par son fils, qui a le même âge que Sabrina, 35 ans. Aucun des deux nouveaux époux - ils se sont mariés l'été dernier - ne voit de problème dans les rôles de père et grand-père qui s'entrechoquent. «Il faut dire que je n'ai pas joué un vrai rôle de papa avec mon fils, car je voyageais beaucoup», dit Jean-Pierre, après une réflexion d'une minute, le regard perdu pour chercher la force de dire des paroles enfouies depuis longtemps. Une carrière dans un grand cabinet d'avocats l'oblige à beaucoup voyager. Ne cherchant pas d'excuses, il ajoute que c'était «un choix conjoint assumé» par sa première femme et lui. «Ce rôle de père est nouveau pour moi; je l'ai découvert au jour le jour avec Théo», son fils qui célèbre ses deux ans à la fin du mois de juin. Aujourd'hui, Jean-Pierre se réjouit quand il doit changer une couche, donner à manger, se rouler par terre pour jouer avec son fils, ... «Je rattrape le temps perdu», ajoute-t-il, un brin nostalgique.

Seconde chance

Carl Lacharité, également directeur du centre d'études interdisciplinaires sur le développement de l'enfant et la famille à l'UQTR, explique que «la seconde chance est souvent évoquée par les hommes dans la situation de Jean-Pierre, car la paternité initiale se produit à un moment où d'autres enjeux personnels et sociaux sont abordés (carrière, maison, etc.). Plusieurs parents souhaitent pouvoir recommencer et être en mesure de se concentrer sur l'expérience parentale.» Ce qui est le cas ici, puisque Sabrina travaille beaucoup. «Encore une fois, un choix commun», dit Jean-Pierre, en souriant, avant d’ajouter être «tellement fier et heureux de vivre cela.  Quand mon fils se colle à moi, il n'y a pas d'âge pour l'apprécier et en profiter.»

Selon le psychologue Carl Lacharité, «l'engagement paternel précoce, intensif et régulier est de plus en plus valorisé dans notre société, et les pères comme Jean-Pierre ne sont pas insensibles à cette représentation sociale de l'homme et de la masculinité. Lorsque les autres enjeux sociaux sont moins importants, comme dans le cas de Jean-Pierre, il n'est pas surprenant de voir ces hommes s'investir dans le rôle parental, qui devient le nouveau projet personnel emballant pour eux.»

«Il est temps d’avoir des enfants»

Autre rencontre, autre situation. Jacques, 40 ans en octobre prochain, a rencontré Mélanie, 30 ans, il y a moins d'un an. Jacques entend souvent ses amis lui répéter qu'il «est temps d'avoir des enfants», ou faire des allusions à son éventuelle paternité tardive. Et sa réaction est toujours identique: «Je sais, comme tous les hommes qui approchent la quarantaine, que devenir père est plus difficile avec le temps.» Effectivement, les femmes ne sont pas les seules à être esclaves de leur horloge biologique. Les hommes produisent continuellement et quotidiennement des millions de spermatozoïdes, mais leur qualité baisse avec le temps. Certaines études démontrent aussi que la paternité tardive expose les enfants à plus de problèmes de santé. Enfin, plus le père est âgé, plus la mère aura du mal à tomber enceinte, quel que soit son âge. Les chances pour un homme d’avoir un enfant dans les six mois baissent de 2% chaque année à partir de 24 ans. A 40 ans, cela veut dire 32% moins de chances. «On n'a plus qu'à se dépêcher», dit Jacques, devant Mélanie, visiblement étonnée de cette réaction.

Malgré tous ces chiffres, risques et constatations très terre-à-terre, les paternités tardives ont, avec le temps, un aspect de moins en moins exceptionnel. Beaucoup d’hommes deviennent pères après 40 ans, et même alors qu’ils sont déjà grands-pères ou en âge de l'être, à l'image de René Angélil, devenu papa, alors qu'il était déjà grand-père plusieurs fois. Son premier fils, Patrick, a le même âge que sa femme actuelle, Céline Dion. Rod Stewart est papa pour la huitième fois à l'âge de 66 ans. Sa première fille a 46 ans, alors que sa femme vient de fêter ses 40 ans. Pierre Elliott Trudeau a eu son quatrième enfant, sa fille Sarah, alors qu'il était âgé de 72 ans. Enfin, Charlie Chaplin a eu le dernier de ses dix enfants, quand il avait 73 ans. Sourire en coin, notre père-grand-père Jean-Pierre conclut que «tout le monde peut donc y arriver», même s'il estime que ce ne sont pas «forcément des modèles pour lui.»

À lire également dans le magazine Yoopa de juin-juillet 2011
Avoir un bébé après 40 ans? Oui, c'est possible! p. 50
  • Yoopa Nuages
  • Par

    Marc Pacanowski

«Il n'est pas surprenant de voir ces hommes s'investir dans le rôle parental, qui devient le nouveau projet personnel emballant pour eux.»

Laissez un commentaire

L'infolettre Yoopa

Je désire recevoir les offres privilèges de YoopaSe désabonner

Les incontournables

Sondage

Qu’avez-vous en tête pour les prochaines vacances estivales?
Voir tous les sondages >>