PUBLICITÉ

Ma grand-maman Adrienne

Famille image article
J’ai eu plusieurs belles chances dans ma vie. L’une d’elles a été d’avoir ma grand-maman tout près de moi.
 
Dans les années 70, le terme « maison intergénérationnelle » n’était pas à la mode, mais mes parents, en construisant notre première résidence, y avaient inclus un petit appartement pour mes parents. Mon grand-père est décédé alors que j’étais un tout petit poupon, mais j’ai eu la chance de passer toute mon enfance à proximité de ma grand-mère, dans les deux maisons que nous avons occupées.
 
Sur le coup, je ne réalisais pas ma chance, mais le fait de pouvoir me réfugier dans les appartements de mon aïeule m’était précieux.
 
C’était une caverne d’Ali Baba en miniature pour moi. Il faut dire qu’Adrienne ramassait beaucoup de choses. Le DIY, elle connaissait ça. De nos jours, on la trouverait pas mal écolo :) Avec des bouts de laine et des bouteilles d’eau de javel découpées, elle créait entre autres de véritables trônes de princesse pour mes poupées. 
 
C’est elle qui m’a appris la patience (le jeu de cartes, pas la qualité!) et qui a réussi à me faire comprendre… comment bien attacher mes lacets (sans jamais démontrer d’impatience, d’ailleurs…). 
 
Mais ce que j’aimais encore plus, c’était l’écouter me raconter des bouts de sa longue vie (pour moi, elle cumulait une éternité d’expériences!). Devant les objets ayant appartenu à son « Jo », (mon grand-père Joseph), j’ai appris que le vrai, le grand, le bel amour, existait au-delà de la mort. Je me souviens de son sourire, de ses yeux qui brillaient quand elle parlait de lui…
 
Je me souviens aussi d’avoir été épatée d’apprendre, alors que la télé jouait le défunt téléroman Boogie Woogie 47, que la jeune Adrienne allait danser énergiquement, vêtue d’une longue jupe bouffante et d’espadrilles!
 
Sans oublier l’odeur du pain qu’elle cuisait, qui me faisait immanquablement aller frapper à sa porte… Le parfum du réconfort, de la générosité, des confidences…
 
Ma grand-mère, comme toutes les grand-mères, n’était pas une sainte. Et probablement que comme mère et belle-mère, elle avait eu ses moins bons côtés. Mais c’était ma grand-maman; elle n’avait pas le même rôle à jouer, les mêmes responsabilités. Et elle avait le temps. Uu temps qu’elle m’offrait à profusion sans jamais sembler en avoir marre. 
 
Bref, j’ai été choyée.
 
J’aurais bien aimé qu’Adrienne pense plus à elle, évite d’économiser pour donner en héritage, se sacrifie moins pour les autres. J’aurais voulu être plus vieille, plus grande, plus forte, pour prendre mieux soin d’elle (même si elle avait une énorme famille aimante qui le faisait). 
 
J’aurais aimé… l’avoir plus longtemps à mes côtés.  La questionner plus, l’écouter plus. Regarder encore plus de photos en noir et blanc avec elle…
 
Quand elle a dû quitter son petit appartement tout près de ma chambre, j’ai ressenti un vide. Mais moins que lorsqu’il y a 30 ans bientôt, je l’ai regardé nous quitter pour de vrai, dans son lit d’hôpital. Demeurée seule avec elle quelques instants, je me souviens avoir pleuré comme rarement l’ado « tough » que j’étais avait pleuré.
 
Bien des années ont passé, mais ma grand-maman m’accompagne toujours. Chaque Noël, je ressors une petite décoration qu’elle m’avait offerte. De temps en temps, je fais jouer la musique de sa théière (oui, elle avait une théière musicale) comme j’avais le droit de le faire de temps en temps, petite. Et quand je traverse un moment vraiment difficile, j’entends sa voix, qui me raconte un moment « miraculeux » de son enfance et je me relève.
 
Aujourd’hui, quand je vois une maison intergénérationnelle, je souris en pensant à la chance des enfants qui y vivent. 
 
Je sais bien que ce genre de cohabitation n’est pas possible pour tout le monde cependant. C’est pourquoi j’aime beaucoup les concepts de garderies jouxtant un CHSLD, ou de halte-répit avec grands-parents bénévoles. Je crois que notre société s’enrichirait si elle en implantait plus.
 
Et ça ferait encore plus d’adultes portant en eux des leçons, des exemples et des souvenirs merveilleux…
 
 
 
Merci, grand-maman xx