PUBLICITÉ

Petite histoire d'une auto-construction

Organisation image article
Construire votre maison. Parmi les idées folles qui vous sont déjà passées par la tête, est-ce que celle-là est déjà venu vous hanter? Sinon, peut-être un jour allez-vous vous lancer dans cette aventure pleine de surprises et de bran de scie?
 
C’est ce que nous avons fait à l’automne passé (et que nous continuons encore, parce que bien entendu, ça ne finit à peu près jamais).  Quand nous avons commencé à imaginer notre projet, j’aurais tellement aimé trouver plein de références sur le sujet. Mais je n’ai pas trouvé grand-chose. On a bien quelques amis qui sont déjà passés par là et qui nous ont servi de guides. Mais en général, l’auto-construction fait peur, quand on n’est pas dans ce domaine-là.
 
Alors j’ai pensé vous raconter brièvement (brièvement est relatif... en fait c’est un très long billet, mais qui ne représente que la pointe de notre iceberg) comment ça s’est passé dans notre cas. Était-ce comme prévu? Sommes-nous devenus fous au fil des étapes? Si c’était à refaire, referions-nous la même chose? Ai-je attrapé beaucoup d’échardes?
 
Notez qu’il s’agit de notre histoire et non d’un guide officiel pratique, ni même de conseils. Ce n’est qu’un carnet de route d’une petite famille qui ignorait presque tout en construction, mais qui a réussi à bien s’entourer. Et maintenant nous sommes des ignorants moins naïfs (mais avec une jolie hypothèque).
 
L’objectif de départ
Changer de maison n’était pas un luxe. Ma Blondinette travaille à domicile (son commerce prenait la moitié du sous-sol) et j’avais aussi besoin d’un coin tranquille pour mon petit studio maison. Nos deux enfants vieillissent (et étrangement ont davantage d’amis) et la cour était mal adaptée pour les sportifs qu’ils sont.
 
Nous avons donc regardé le secteur des maisons à vendre. Le problème était de trouver quelque chose de mieux, mais fonctionnel pour le commerce de soins de madame. Quand on a fait la liste de nos priorités et de ce que devrait absolument contenir la prochaine maison, on a conclu qu’il valait mieux acheter... un billet de loterie.
 
Impossible de trouver quelque part toutes les caractéristiques recherchées. De la place, une entrée indépendante, un terrain digne de ce nom, etc. Vous connaissez le principe : on en demande toujours trop. Oh, nous sommes passés bien près de craquer pour une maison hors de prix et mal aménagée, mais le bon sens est revenu à temps.
 
La chance nous a mis sur la piste d’un terrain libre de belle dimension et rempli d’arbres. On a sauté sur l’occasion sans même réfléchir à ce qui venait ensuite. Naïfs, je vous disais.
 
De là, il fallait prendre une décision. Confier le projet à un entrepreneur général et attendre de recevoir nos clés ou s’occuper de trouver nous-mêmes chaque professionnel et superviser la construction de A à Z. Je ne parle pas de construire soi-même (à part quelques détails de finition) mais plutôt de soumissionner pour trouver les différents corps de métier qui vont mettre la main à la pâte.
 
Les avantages de l’auto-construction? On peut sauver beaucoup d’argent, on choisit les gens avec lesquels on travaille et on a l’impression de mieux connaître chaque couture da sa maison.
 
Les désavantages? Le temps, l’énergie, les imprévus, la gestion financière, le stress, les mésententes… Ouf. Tout peut mal aller. Mais tout peut aussi bien aller.
 
Après avoir bien réfléchi et soupesé tout ça, nous nous sommes dits : pourquoi pas? Allez, on se lance dans une auto-construction. De vrais fous.
 
Un projet en famille?
Nos enfants ont participé à presque chaque étape de l’aventure. Parfois en nous nuisant, mais bon, ce sont des enfants. On les a consultés lors de la création du plan, on leur a demandé ce qu’ils aimeraient avoir dans la prochaine maison, etc. Voulez-vous une salle de jeu, une pièce avec des racoins, un endroit pour se cacher? Pour courir? Pour dessiner sur les murs? (Un conseil : ne donnez pas trop d’options, parce qu’ils vont dire Oui à tout!)
 
Au fil du projet, nos enfants sont venus souvent sur le chantier, et on s’est amusés à prendre des photos d’eux en train de déjà laisser traîner des choses dans leur chambre incomplète. Les couleurs, le mobilier, l’aménagement, ils peuvent participer à tout (Ou en tout cas avoir l’impression de le faire).
 
Les sous
La première étape d’un projet, c’est évidemment de savoir combien il ne faut PAS qu’il coûte. Lire : connaître notre limite d’emprunt. Les banques sont toujours prêtes à vous prêter beaucoup plus que ce dont vous avez besoin.
Les banquiers sont toujours avenants et empressés de vous aider sauf dans deux cas : Si vous êtes travailleurs autonomes ou si vous souhaitez faire une auto-construction. Là, c’est compliqué. Oh que c’est compliqué.
Mais bon, l’important est de savoir combien on pourrait emprunter. Un conseil : n’empruntez pas autant que les banques souhaitent que vous empruntiez. C’est toujours beaucoup trop.
 
Faire un plan
Le plan, c’est la base de la future maison. Et pourtant, c’est difficile de s’imaginer parfaitement comment ce dessin va se transposer dans la réalité. Pour trouver votre plan, vous pouvez soit en prendre un existant (et l’adapter à vos besoins) ou encore en confier le dessin à un professionnel. Nous avons opté pour la 2e solution, et nous avons eu une superbe relation avec un technicien en architecture (moins coûteux qu’un architecte).
Ah, et prévoyez imprimer plusieurs plans de grande dimension, parce qu’au cours des prochains mois, vous risquez de courir après eux souvent.
 
Le grand défi : le budget
La gestion du budget est le principal piège de l’auto construction. Quand on contracte une hypothèque ordinaire, la banque nous prête ses sous parce qu’elle sait que la maison existe. Quand on passe par un entrepreneur pour une construction clé en main, c’est lui qui éponge le coût de construction. Mais quand on contracte soi-même, la banque ne peut pas nous prêter de l’argent en échange d’air et de bonne volonté. Il faut donc avancer la construction le plus possible avant de recevoir une seule cenne de la banque.
 
Une fois qu’on a atteint un pourcentage satisfaisant de la construction (après les fondations, les murs et le toit, par exemple), la banque envoie un évaluateur qui déterminera quel pourcentage de l’hypothèque peut être prêté. En retenant une marge, bien sûr. Cette opération sera répétée deux ou trois fois, jusqu’à ce que la maison soit complétée.
 
Vous devinez qu’il faut chercher le maximum de crédit AVANT de s’embarquer dans une auto-construction. Ouvrir des comptes chez des fournisseurs. Augmenter les limites de cartes de crédit, s’il le faut. Ou profiter du délai de 30 jours pour payer ses contracteurs. Malgré tout, on finit toujours par être serré avant chaque déboursé. Quand on est habitué à payer ses comptes rubis sur l’ongle, demander un délai à un fournisseur ou faire un chèque postdaté est parfois gênant. Mais croyez-moi, ils ont surement déjà vu pire.
 
La phrase la plus coûteuse du projet : Tant qu’à y être
C’est certain qu’un projet change en cours de route. Chaque corps de métier ou presque propose une amélioration ici et là. Et si on fermait le dessous du patio avec des fondations pour ajouter du rangement? Et si on mettait un plancher radiant dans la dalle de béton? Et si, et si, et si?
 
Remarquez, ce ne sont pas toutes des bêtises, ces décisions de dernière minute. Parfois, c’est même très avantageux de le faire maintenant, plutôt que d’y penser plus tard. Mais voilà pourquoi les projets changent drastiquement de budget.
 
Théoriquement, on peut sauver entre 15 et 30% des coûts en soumissionnant soi-même plutôt qu’en optant pour un projet clé en main. Mais ça, c’est sans compter sur le syndrome du « Tant qu’à y être ». Soupir.
 
Les innombrables soumissions
Contracter soi-même, ça implique de choisir les gens avec qui on va faire affaire. Et pour trouver le meilleur rapport qualité-prix, ça prend du temps. Pour chaque poste de dépense, il faut dans l’idéal demander au moins trois soumissions différentes. Au début c’est ce qu’on fait. Surtout pour les secteurs principaux, charpente, électricité, plomberie, etc. Mais vers la fin du projet, quand le temps presse, et quand on est plus capable de passer une minute au téléphone sans souffrir d’urticaire, je vous avouerai qu’on tourne un peu plus les coins ronds. Celui-là est libre? On le prend.
 
D’ailleurs, il ne faut pas toujours choisir la soumission la plus basse. Plusieurs facteurs sont à considérer. Le délai avant d’effectuer l’ouvrage, la réputation de la compagnie, le service après-vente, etc. Et même dans le prix, ça peut varier beaucoup. Parfois, il faut savoir que les soumissionnaires offrent un prix très bas mais comptent bien facturer les extras plus tard. Les meilleurs donnent le pire scénario en premier, puis s’assurent d’ajuster le prix au fil des changements.
 
Le bouche à oreille est parfois la meilleure demande de soumission. Si vos amis ont eu des bonnes ou mauvaises expériences avec une compagnie, c’est souvent une information très pertinente. Nous avons beaucoup fonctionné au feeling, dans notre aventure. Et ça a payé. Dans tout le processus, nous n’avons croisé qu’un seul dossier enrageant.
 
Tout est question de confiance. Il faut savoir surveiller attentivement ce qui se passe dans les travaux, mais sans avoir l’air d’être suspicieux. On veut que les fournisseurs aient le goût de se surpasser, pas qu’ils aient le goût de nous arracher la tête. L’équilibre, toujours.
 
La synchronisation des métiers
Finalement, au cours du chantier, on a besoin d’un peu de chance. Comme quand vient le temps de synchroniser les passages de chaque spécialiste dans l’ordre, au bon moment. Le plombier est trop occupé, le gars de ventilation doit attendre que l’électricien finisse son bout, le gars d’armoire est subitement tombé malade (et il est allé se guérir à Cuba).
 
Les imprévus sont tellement prévisibles qu’ils doivent presque devenir des « prévus ». Ensuite, il faut faire confiance à ses nerfs pour tenir le coup.
 
Les millions de détails
Blondinette et moi avons été très chanceux d’être complémentaires, dans nos "talents". Je surveillais le chantier, les soumissions, le budget, elle planifiait l’aménagement, la déco, la finition. Ça prend beaucoup de temps. Chaque jour, plein de décisions à prendre. Plein de sujets de discorde. Tout penser, tout planifier. Et pour sauver des sous, en faire le plus possible soi-même.
 
Dans notre cas, cette mission périlleuse a été un grand succès. Nous avons été chanceux d’être entourés de gens compétents. Nous sommes entrés dans notre maison (pas finie) au moment voulu. Bon, la première semaine a été un peu pénible. Quand ton grille-pain est installé sur un banc de scie et que tu brosses tes dents dans la cuve du garage (deux faits vécus), tu devines que vivre ce n’est pas encore le Club Med.
 
Et si c’était à refaire? On referait la même chose. Peut-être qu’on se donnerait un délai un peu plus long (deux mois et demi, c’est assez rapide pour monter une maison). Peut-être qu’on changerait un détail ou deux. Mais dans l’ensemble, on réalise que jamais on aurait pu avoir une maison qui nous ressemble autant sans la penser et la construire nous-mêmes.
 
Les enfants l’adorent, nous on s'y sent merveilleusement bien et la visite ne veut plus partir (ce qui n’est pas toujours un avantage, remarquez).
 
Voilà à peu près notre petite histoire d’auto-construction. Bonne chance à vous, si vous vous lancez là-dedans un jour.