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Le défi d’être père au Québec en 2011

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Au Québec, désormais, la parentalité n'est plus seulement associée à la maternité, mais également à la paternité. L'introduction d'un nouveau modèle paternel ne signifie pas la disparition des précédents, mais une accumulation des exigences qu'ils comportent (1). Il s'ensuit que certains pères vivent de l'anxiété et du stress face à leur rôle.

Yoopa a posé quelques questions au Dre Francine De Montigny, professeure, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles et responsable du Groupe de Recherche sur la Santé mentale chez les hommes en période postnatale, à l'Université du Québec en Outaouais.

Dre Francine De Montigny

Yoopa : La santé mentale des hommes en période post-natale est-elle fragilisée?

F. de M : Les futurs papas vivent certaines peurs quand leur compagne devient enceinte. On les encourage à participer à la grossesse et à l’accouchement mais paradoxalement peurs, insécurités et anxiétés ne sont pas toujours entendues. Il arrive que les futurs papas se sentent confus, inquiets ou anxieux devant ce qu’ils envisagent comme étant angoissant et qui les prend au dépourvu : l’ampleur de la fatigue, l’engagement, la responsabilité, l’accouchement, l’allaitement, etc. Les papas déprimés sont moins susceptibles que les mères de reconnaître leur état. La dépression se manifeste, chez eux, autrement : les symptômes incluent l’irritabilité, le manque d’esprit de décision, l’agressivité et le retrait des fonctions sociales. Une étude américaine a démontré qu’environ 10% des hommes souffrent de dépression avant ou après la naissance de leur enfant. On ne possède pas de données sur le nombre de pères au Québec qui vivent de la dépression. Mon équipe vise d’ailleurs à mieux documenter ceci.

Yoopa : Les pères revendiquent les mêmes droits que les mères à l’égard des enfants. Celles-ci ne sont pas toujours prêtes à les laisser prendre cette nouvelle place. Qu'en pensez-vous?

F. de M : Si s’occuper d’un enfant était autrefois considéré comme du domaine presque exclusif des mères, ça ne l’est certes plus de nos jours, au contraire! Bien des hommes veulent s’occuper de leurs enfants et assumer davantage leur paternité.

Yoopa: Les pères d'aujourd'hui ont-ils tendance à se substituer aux mères au lieu d'assurer leur véritable rôle?

Il est possible que les femmes ne sachent pas comment partager un territoire qu’elles ont occupé seules auparavant. Voici un scénario qui se répète malheureusement fréquemment : Théo, 2 semaines, pleure, papa le prend et le cajole. Malgré tout, Théo continue de pleurer. Papa se met à la bercer et commence à lui chanter une berceuse. Rien n'y fait, Théo pleure toujours. Spectatrice muette de cette scène, la mère ne peut s'empêcher d'intervenir. " Donne-le moi, je vais le calmer. " Ces quelques mots contribuent souvent à tuer dans l'œuf les efforts d'un père plein de bonne volonté. Dans ce scénario, tous les membres de la famille perdent quelque chose : le père n'a jamais la chance de développer ses habiletés pour réconforter Théo, celui-ci n'a pas l'occasion de s'habituer aux façons que son père utilise pour le réconforter et la mère n'a pas de répit. Le père n'est pas un parent-substitut de la mère. Il est, avec elle, la personne la plus importante dans la vie de son enfant. Il a comme rôle essentiel de permettre à l'enfant d'établir un lien privilégié avec une autre personne que sa mère. La femme joue un rôle important dans l'établissement de la relation père-enfant, selon qu’elle est ou non capable de partager l’espace autour de l’enfant. Pour cela, il est important que cette dernière crée des occasions pour que le père puisse développer ses propres façons de réconforter l'enfant, d’en prendre soin. Le père doit avoir à la fois, de l’espace, de l’intimité et du temps. Dans l’exemple ci-haut, maman pourrait s’absenter, donnant à papa et Théo l’occasion d’être seuls ensemble, sans sa supervision. Maman pourra alors en profiter pour faire une activité relaxante, ou encore rencontrer une amie ou faire de l'exercice. Le couple peut choisir ensemble, les tâches qui attirent le père : donner le bain, masser le bébé, jouer, le bercer au moment du dodo, etc. Au besoin, elle lui expliquera quelques trucs et le laissera ensuite expérimenter à sa guise. Pour développer sa confiance en lui-même, ce dernier doit pouvoir passer à l’action sans craindre la critique. Il a le droit de faire des erreurs et d’apprendre lui aussi. Et même si papa n'a pas la même façon de faire les choses que maman, Théo, comme tous les bébés, saura très bien s'adapter à cela.

Yoopa : Les pères sont des communicateurs plus complexes avec leurs enfants (ce sont des interlocuteurs plus difficiles que les mères: ils encouragent plus, gratifient moins que les mères par exemple). Quel est l'impact sur le développement cognitif des enfants?

F.de M : De nombreuses études ont démontré que lorsqu’il parle à son enfant, le père a plus tendance que la mère à lui poser des questions, ce qui oblige l’enfant à jouer un rôle plus actif sur le plan de la communication. Le père utilise des mots plus complexes. En réponse, l’enfant emploie donc un vocabulaire plus diversifié et recourt à des énoncés plus élaborés. On peut en déduire que la présence d’un père a indéniablement un impact positif sur le développement cognitif, intellectuel et affectif des enfants.

Notes :

(1) Dorais, M. (1988) L'homme désemparé, Montréal, Éditions VLB
Site internet intéressant pour les papas…Français! : http://www.jeunepapa.com/psycho-1.html

 

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