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Mes enfants ne sont pas ma réussite

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« Ma plus grande réussite: Mes enfants »

J'ai entendu et lu tellement de mères dire ça. Au risque de passer pour la maman la plus immonde qui soit, je dois faire un aveu:

Mes enfants ne sont pas ma plus grande réussite.


Avant d'oser exprimer mon opinion à ce sujet, j'ai cogité pas mal là-dessus. J'ai beau vouloir comprendre toutes les mamans qui disent que leurs enfants constituent pour elles une réussite, j'ai beau comprendre, je crois, pourquoi elles disent ça, moi je ne pourrais faire de même avec sincérité.

Chacun a sa façon de penser et c'est merveilleux ainsi. Tant mieux pour ceux et celles qui voient en leur progéniture la réussite suprême, s'ils y croient vraiment. Moi je ne peux pas.


Pourquoi?

Dans mon idée personnelle de la réussite, je ne peux faire entrer des êtres humains. Mes enfants, je les aime de toute mon âme, c'est vrai. Je les trouve beaux, doués et tout et tout. Mais je n'ai pas grand-chose à voir là-dedans... OK, je les influence, je suis une de leurs influences.

J'ai commencé par les porter en moi, dans mon corps et dans mon coeur. Depuis, je fais de mon mieux selon mes capacités du moment, pour prendre soin d’eux physiquement et moralement. Je leur offre un cadre de vie le plus « sain » possible.  Et je leur propose des valeurs, qu’ils choisiront de conserver, de rejeter ou de modifier. Libre à eux.

Mes enfants sont des humains à part entière et si réussite il y a, elle leur appartient. C'est ma vision de l'affaire. Peut-être pas la bonne, mais la mienne.

Je peux réussir une recette de cuisine, un dessin, un saut en hauteur ou un panier au basket. Je peux réussir à obtenir un emploi, à réparer un robinet ou à sourire quand tout va mal. Je peux réussir à communiquer lors d'une dispute ou contribuer à soulager la souffrance de quelqu'un. Je peux réussir un tableau d'un jeu vidéo. Mais réussir une personne? Je ne crois pas.

Et encore là... Réussir, c'est une question de perception... Je peux réussir ma sauce à spaghetti pour l'un et décevoir l'autre convive. Je peux avoir l'impression d’avoir écrit mon meilleur texte à vie tandis que mon voisin préfèrera un autre de mes écrits. Je peux penser que j'ai bien répondu à une entrevue et être aux antipodes des attentes d'un employeur.

Désolée, je n'arrive vraiment pas à loger mes enfants au chapitre de mes réussites... En plus, il me semble que pour réussir quelque chose, il faut avoir la possibilité de la rater. Comment rater des enfants?


Les voir comme ma réussite, toujours selon ma petite perception, est aussi synonyme de pression sur leurs épaules. Comme si, pour que je les réussisse, ils devaient atteindre un certain standard de qualité, suivre un chemin que j'aurais souhaité pour eux, développer les talents que moi j'aurais vus en eux, etc.

Je me complique la vie? Peut-être! Il serait facile de décider de répondre moi aussi, à la question « Quelle est ta plus grande réussite? » par le classique « Mes enfants ». Je n'y arrive pas. Ils ne sont pas mes trophées, ou un quelconque outil de valorisation. Ils ne sont pas des objets. Je ne les réussis pas, je ne les rate pas. Ils ont en eux tout ce qu'il faut pour devenir des adultes heureux. Moi, comme d'autres, je peux aider à leur bonheur... ou lui nuire.
Mais au final, je n'ai pas de pouvoir sur eux. Et tant mieux! Que vaudrait un bonheur préfabriqué?

OK, je pourrais bousiller leur début d'existence en faisant des choses abominables comme on en lit trop dans les journaux. Mais ça ne me viendrait pas à l'esprit. Donc je n'ai pas à être fière de ne pas le faire! Oui, j'ai un « pouvoir » sur eux, petits. Mais pas le pouvoir de réussite, désolée, ça ne me rentre pas dans le coco.

Cela ne veut pas dire que je ne suis pas fière de mes enfants! Au contraire! Je suis très fière de chacun d’eux. Je suis un témoin privilégié de leurs vies.

Ils sont des réussites sur deux pattes. Pas grâce à moi, ni à leur père. Grâce à eux.  Ils sont des réussites, mais pas les miennes. Car ils ne sont pas à moi en tant que tel. Ils sont à eux-mêmes. Moi je suis seulement chanceuse de les côtoyer, non de les posséder.

Donc, quelle est ma plus grande réussite? Je ne saurais le dire...

Je pense que je suis un amas de petites et plus grandes réussites, qui forment un tout. Je ne réussis pas ma vie de couple ni ma vie de famille, car je ne suis pas seule dedans.

Bref, je ne sais pas quelle est cette grande réussite que tout le monde semble devoir avoir. Je sais juste que ce ne sont pas mes enfants.

Eux, ils sont une chance dans ma vie (déjà, tomber enceinte n'est pas une réussite, mais une chance, selon moi). Ils sont des rayons de soleil, une source de remise en question, un défi, une oasis, un grand éclat de rire et plus encore…

Bref, heureusement que je ne suis pas une vedette. Je n’aurai ainsi jamais à laisser un blanc dans les questionnaires des magazines au point « Plus grande réussite » ;)

Dans le fond, je n’ai pas de plus grande réussite, comme je n’ai pas de plus grand échec. La vie avec des enfants nous apprend à faire un pas à la fois et ainsi passe la vie…