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Parents copains ou parents autoritaires?

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Parents copains» libérés des interdits frustrants ou parents «autoritaires», gardiens pointilleux de l’ordre et de la loi. Quelle est la meilleure option?

AVIS DE PSY

Dr Pierre Mailloux, psychiatreLes relations entre parents et enfants ont beaucoup changé. On hésite souvent entre deux attitudes extrêmes: devenir les «amis» de nos enfants ou, au contraire, leur serrer la vis. Quelle est la meilleure option?

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Ni l'une ni l'autre, car le parent «copain» est aussi incompétent que le parent exagérément autoritaire. L'enfant qui a un parent «copain» souffre d'un manque de repères et d'autorité, alors que celui qui a un parent autoritaire souffre d'un manque d'affection. En fait, il s'agit de deux formes de démission: l'une affective (le parent autoritaire), l'autre sociale (le parent «copain» qui déserte son rôle de père ou de mère). À mon avis, environ la moitié des parents cultivent l'une ou l'autre de ces attitudes extrêmes.

Qu'est-ce qui motive les parents à agir ainsi avec leurs enfants?

Un certain pourcentage de parents sont incompétents et n'ont pas la fibre éducatrice. L'impact d'une telle situation est d'autant plus fort que les familles actuelles sont de taille réduite — trois ou quatre personnes au maximum. Autrefois, les grandes familles permettaient de «diluer» l'incompétence parentale. La proximité d'autres membres de la famille offrait à l'enfant la possibilité de se mesurer à d'autres modèles et de se confier à d'autres personnes. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Lorsque les parents ont une attitude mal équilibrée, les enfants vivent l'enfer car, autour d'eux, à peu près personne ne peut compenser l'ineptie parentale.

Quelles peuvent être les répercussions de ces abus?

Cela peut aller très loin. Ainsi, on sait qu'une relation autoritaire peut conduire à l'inceste; au nom de l'autorité, l'enfant sera au service du parent, y compris sexuellement. Dans les relations de copinage, le même phénomène peut se produire sauf que, dans ce cas, c'est la confusion des rôles qui engendrera l'inceste. Le parent passe du rôle de copain à celui de partenaire sexuel. Mais, la plupart du temps, cela se limitera au flirt psychologique: «T'es ma princesse, t'es mon chéri, etc.»

Ce «flirt psychologique» n'est-il pas un moindre mal?

Détrompez-vous! Certains enfants sortiront très handicapés de ce type de relation. Comment pourront-ils assumer la réalité après avoir vécu leur enfance dans un rêve, dans une espèce de symbiose onirique avec papa ou maman, sans existence vraiment autonome? À l'adolescence, quand les parents prendront leurs distances, le réveil risque d'être brutal et les conséquences, dramatiques; le jeune pourra se sentir isolé, abandonné, déprimé, etc.

À quoi sont exposés les enfants victimes de copinage parental ou d'autoritarisme?

Dans un cas comme dans l'autre, les conséquences à craindre sont identiques: l'enfant peut devenir révolté, confus, violent, inadapté et, une fois arrivé à l'âge adulte, être incapable d'affronter les frustrations de la vie. Cela vient du fait qu'aucun de ces deux types d'éducation ne répond aux besoins fondamentaux des enfants: la grande majorité de ceux-ci (sauf les 3 à 5 % d'enfants délinquants) n'ont nullement besoin d'être écrasé par une autorité excessive; en revanche, ils ont tous besoin d'être «parenté».

Qu'entendez-vous par «être parenté»?

Se voir offrir affectueusement un cadre de règles et de balises qui tienne compte de l'âge et du degré de maturité de l'enfant. Par exemple, laisser un jeune de 12 ans courir les rues jusqu'à 23 h est inacceptable. Par contre, imposer à un jeune de 17 ans le couvre-feu à 21 h relève de l'autorité outrancière. Dans un cas, il n'y a pas assez de limites et dans l'autre, on en impose trop. Mais le résultat est le même: dans le premier cas, le jeune fera des bêtises et dans le second, il se révoltera, fera une fugue et... fera aussi des bêtises.

«Parenter» un enfant, cela signifie lui apprendre à tolérer graduellement les frustrations, ce qui est essentiel pour le préparer à affronter la vie adulte. Un copain peut-il nous apprendre cela? Évidemment non. Ce n'est pas le rôle d'un copain, c'est celui d'un parent. Quant au parent qui serre la vis à son enfant sans tenir compte de sa maturité, il compromettra tout autant son apprentissage de la vie adulte en le conduisant à la révolte ou à la soumission excessive. C'est ce dosage subtil entre l'affection et la fermeté qui rend la relation parent-enfant unique.