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Réussir son accouchement

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S’il y a un concept que j’ai du mal à comprendre, c’est celui de « réussir son accouchement ».

Pourtant, j’entends souvent des mères dire qu’elles ont réussi le leur…

Je m’interroge.

Est-ce à dire qu’on peut rater un accouchement?

Qu’une naissance peut s’avérer être un échec?

Je peux comprendre qu’on dise « J’ai vécu l’accouchement dont je rêvais ».

Pas de problème avec ça, on espère toutes avoir l’accouchement anticipé au long de notre grossesse.

Mais qui peut être certaine de ce qui a assuré cette « réussite »?

Puisqu’on ne peut vivre deux fois le même évènement, qui peut dire que nos actions préventives, notre visualisation positive, les professionnels dont on s’est entourée, etc. ont fait que c’est pour ça que ça s’est bien déroulé?

Certaines mères ne font rien de particulier et vivent un bel accouchement…

Certaines se préparent comme ça ne se peut pas et rencontrent de grandes complications…

Pour ma part, j’ai eu droit quatre fois à l’induction. La première fois, j’ai bien géré la douleur, mais on a fini par me donner du Nubain devant mon refus obstiné d’épidurale. Une heure de « buzz » à chanter du Michel Rivard en voyant des frigos bleus et des vaches voler dans un ciel de bande dessinée… Une journée à m’excuser chaque fois que j’émettais un petit gémissement de douleur. À dire que c’était pire pour bébé que pour moi. 59 minutes à pousser, comme on me le disait. Comme une élève bien sage…

Un échec? Une réussite? Un beau bébé en santé de 9 livres à l’arrivée.

La deuxième fois, je suis arrivée dans la nuit à l’hôpital, suite à une petite rupture de membrane. Encore une fois l’Ocytocine. Encore une fois à une dose record. Pas d’épidurale, pas de calmant. L’impression que je n’y arriverais pas, tellement j’étais fatiguée.  20 minutes à pousser.

Un beau bébé de 6,5 livres… très malade…

La troisième fois, encore une induction. Beaucoup de difficulté à « gérer » ma douleur. Une épidurale, qui n’a pas fonctionné. Des répliques socialement moins acceptables, comme ma réponse à l’anesthésiste masculin qui m’a lancé « Moi aussi, si j’accouchais, je prendrais l’épidurale ». « Excuse-moi mon homme, mais t’es pas amanché pour accoucher! » 10 minutes de poussées très intenses.

Un beau bébé en santé de 8,5 livres.

Quatrième accouchement.  Là, je voulais être zen. Offrir un beau souvenir au papa, pour qui s’était la première fois. Une journée interminable! J’ai été zen une bonne partie de la journée et de la soirée, je rigolais. Et ce, même si j’ai passé quelques heures avec l’Ocytocine sous la peau (« Madame, je n’ai pas vraiment de contractions, mais la peau me brûle… »). Mais quand « ça » a vraiment décollé… Ouch! Le gros ballon n’aidait plus. Le bain-tourbillon que personne n’arrivait à contrôler a été une horreur. J’avais l’impression de hurler jusqu’à Chibougameau. « Donnez-moi quelque chose ou tuez-moi! »

Incapable de bien inhaler le gaz hilarant, j’ai fini par avoir une injection de Nubain. Mais j’ai fini par maîtriser le sniffage de gaz aussi! Et j’y suis allée gaiement… Méchant cocktail… Oubliez la fille zen. Non, je n’ai pas « respiré » dans ma douleur. Non, je n’ai pas été rassurante pour le nouveau papa. J’ai chialé comme une enfant gâtée. J’ai même voulu l’épidurale par-dessus le reste! Et j’ai accusé ma super docteure et l’infirmière de me mentir… « C’est même pas vrai que vous allez me la donner! Vous attendez que je sois rendue à pousser pour me dire qu’il est trop tard! » (Notez que j’ai une peur bleue de l’épidurale…) J’ai halluciné grave… Je pensais qu’on avait mis mon lit devant les ascenseurs et que tout le monde me voyait, en plus de m’entendre gueuler.

J’étais dans la brume. Quand le stagiaire s’est présenté à mon entre-jambes, je lui ai lancé un « Dis-moi ce que tu veux, mais PAS de " Poussez, ma p’tite madame! ". »

 

J’ai dû pousser 5 minutes, maximum… Dans une douleur innommable.

Un beau bébé de 9,05 livres, dont la santé m’inquiétait sans raison. Né avec des ecchymoses au visage… De quoi culpabiliser la maman…

(OK, j’ai culpabilisé plusieurs jours…)

Un échec?

Une naissance… Une nouvelle vie sur notre grosse planète.

En quatre grossesses, j’ai touché à la méditation pour femme enceinte. J’ai fréquenté l’ostéopathe. J’ai souvent bien mangé, parfois moins bien. J’ai tenté d’être active, même si j’ai eu à chaque fois des contractions très, très précoces et que j’ai parfois été mise au repos total ou partiel. Je ne me faisais aucune vision d’horreur de l’accouchement. Même pas pour la première fois, ce qui étonnait mon entourage.

J’ai des amies qui ont fait tout ça et même plus. Hypnose, acupuncture, alimentation parfaite, petites crèmes, yoga, musique classique, aquagym, accompagnante… Name it! Et qui se sont retrouvées en hémorragie grave, sur la table d’opération ou autres.

J’ai d’autres amies qui n’ont pratiquement rien prévu, fait attention à presque rien et qui ont accouché très facilement.

Bien entendu, j’ai vu aussi l’inverse.

Selon moi, aucune d’entre elles n’a « raté » son accouchement.

Elles ont pu vivre un accouchement non fidèle à leurs espérances ou même, à leurs certitudes.

Elles ont le droit d’être déçues que les choses ne se soient pas passées autrement.

Mais ont-elles vécu des échecs?

Moi, j’ai bercé quatre bébés. Pas quatre échecs…

On peut rater une recette, on peut faire un choix douteux de couleur de peinture ou se tromper de style de coiffure. Je suis peut-être en train de rater ce billet…

Mais pour moi, on ne peut rater la Vie. Que la naissance se passe ou non sur fond de Mozart avec odeurs de jasmin.

Partager son corps pour 9 mois, faire de son mieux chaque jour et, le moment venu, consacrer toutes nos énergies à aider bébé à entrer dans l’existence. Affronter ses peurs, se lancer dans l’inconnu… Signer un contrat d’amour à vie envers un être humain qui aura besoin de nous des millions de fois…

Ça ne peut qu’être une méga réussite…