2-3 
ans

Bisous et câlins: il n’en veut pas!

Libellés : 2-3 ans, Psychologie Publié le 29-12-2012 à 14:21

Il y a des bambins qui adorent se faire cajoler, qui en ronronnent quasiment de bonheur! Mais, il y en a d’autres, plus indépendants, qui très tôt font comprendre à leurs parents que câlins et bisous les embêtent. Que fait-on alors avec notre trop-plein d’amour à donner?

En 35 ans de pratique, Francine Nadeau, psychologue spécialisée en psychothérapie pour enfants à Sherbrooke, en a vu de toutes les couleurs et semble la personne toute désignée pour répondre à la délicate question: pourquoi notre petit, qui était tout câlin, se montre aujourd’hui beaucoup plus froid et distant face à nos mamours? Est-ce normal? Avons-nous commis le pire sans même nous en rendre compte?

Empathique, Mme Nadeau tient à rassurer illico les parents angoissés que nous sommes: «Des enfants qui n’aiment pas se faire embrasser, ça existe, même s’ils vivent dans un cadre familial où tout est harmonieux.» Mais alors, comment expliquer que notre enfant chéri, tout amoureux qu’il était, fasse déjà preuve, à un âge aussi précoce que un an ou deux, de retenue voire d’indifférence devant nos bisous?

«Quand ça va bien entre maman, papa et bébé, le nourrisson reçoit plein de bisous. Au moment où les parents changent sa couche, où ils l’habillent, ils le couvrent de baisers sur tout le corps, et c’est un des immenses bonheurs de la petite enfance. Mais quand l’enfant devient un peu plus vieux, vers l’âge de deux ans, lorsqu’il commence à acquérir son autonomie, les choses changent, parce que ça va le déranger», explique la spécialiste.

Oui mais, pourquoi?

Ce qui se produit, c’est que la mère — ou le père, mais on s’en tiendra davantage au rapport mère-enfant puisque c’est plus souvent celui-là qui est en jeu — a tendance à vivre de fortes émotions, à se sentir très émue par l’amour qu’elle voue à son tout-petit, et elle est spontanément poussée à lui faire des caresses. Mais l’enfant, lui, est davantage intéressé par ce qui le fascine: ses blocs, ses casse-tête, etc. La mère qui, à ce moment-là, est transportée par un élan d’amour se verra sûrement rabrouée par son petit. «Le problème n’est pas que l’enfant n’aime pas les caresses de sa mère, mais plutôt que, pour lui, le moment est mal choisi pour en recevoir!»

Dur moment à vivre

Quand l’enfant grandit, les caresses de ses parents ne sont donc pas toujours les bienvenues. Pour les parents, ce changement est parfois difficile à digérer; ils vivent une sorte de deuil. «Les caresses et les bisous doivent être une source de plaisir pour les deux, c’est-à-dire pour le parent et pour l’enfant. Si ce n’est plus le cas pour le petit, il faut prendre très au sérieux les signes qu’il nous transmet. Il ne faut jamais le forcer à se faire bécoter; cela ne le rendra pas plus affectueux. C’est un principe très important.

Pour être rassurés sur l’amour que leur porte leur enfant, les parents ont tendance à le cajoler, même contre son gré, mais ce n’est pas une bonne stratégie». explique la clinicienne. La délicatesse est également un élément important, ajoute-t-elle. Lorsqu’un enfant grandit, il est primordial de faire preuve de doigté quant au moment qu’on choisira pour lui manifester notre amour. «Il ne faut pas les achaler avec ça et cela fait aussi partie du deuil parental. Surtout pour la mère. Elle qui avait entièrement accès au corps de son nourrisson n’a désormais plus ce privilège.»

Il joue, on le dérange

Plusieurs parents se sont déjà fait rabrouer par leur bambin en allant le chercher à la garderie. Il est fréquent qu’à cet instant précis il ne veuille pas de becs. Pourtant, on s’est ennuyé de lui durant la journée, on a hâte de le retrouver et de l’embrasser!

«Très typiquement, l’enfant ne veut pas du tout de cet assaut! explique la psychologue, et c’est à l’adulte d’être... adulte, c’est-à-dire d’être sensible au message de son petit. Dans cette situation très précise, il faut garder à l’esprit que l’enfant a fourni un grand effort émotif pour se séparer de ses parents et pour réussir à être fonctionnel malgré tout.

Psychologiquement, il est devenu moins chaud au contact avec le parent et, pour lui, refaire le chemin inverse, donc recréer le lien affectif avec son père ou sa mère, va lui prendre un moment. Un conseil au parent qui va chercher son bambin à la garderie: il vaut mieux s’intéresser à ce qu’il y fait, ou aux enfants avec qui il joue, et attendre qu’il soit plus disponible pour des caresses.»

L’amour a différentes formes

L’amour qu’on ressent pour notre enfant peut passer par d’autres voies que les caresses. «En grandissant, ce n’est pas que par nos baisers que l’enfant va sentir notre amour. Les moments où il se sentira le plus aimé, c’est lorsqu’on prendra soin de lui, qu’on s’occupera de répondre à ses besoins lorsqu’il a faim ou soif, lorsqu’il est fatigué, et lorsqu’on lui consacrera du temps de qualité», explique la clinicienne.

Malheureusement, au retour du travail, en fi n de journée, notre corps est présent à la maison, mais notre esprit, lui, est ailleurs. On est partagé entre la préparation du repas, les tâches domestiques, les mille et un trucs à faire, et on est incapable d’entrer en relation avec notre enfant. Pourtant, passer du temps de qualité avec lui, de façon détendue, est crucial. «Beaucoup plus que de les noyer dans des cours de toutes sortes!» prévient la psychologue.

L’autonomie, gage de santé!

Un enfant sain est affectueux à ses heures, à sa manière, et, triste vérité, moins souvent qu’on le voudrait! Ce signe d’indépendance est un gage de bonne santé mentale. Notre enfant n’aime plus trop les bisous, mais il semble heureux, souriant, il est dynamique et parfois, — ô joie! — il se fait câlin? Alors, il faut se dire qu’il jouit d’un très bon équilibre mental.

«Pour le reste, termine Mme Nadeau, si le parent vit un trop-plein d’amour, il peut le déverser sur son conjoint ou ses amis! Les enfants ne peuvent pas remplir tous nos besoins d’affection. Ce n’est pas leur mandat; il ne faut pas les enfermer dans ce rôle.» Et qui sait: si ce genre de trop-plein est redirigé vers notre conjoint, cela pourrait engendrer d’autres petits chérubins à cajoler!

  • Yoopa Bulle
  • Par

    Pascale Martel

Laissez un commentaire

L'infolettre Yoopa

Je désire recevoir les offres privilèges de YoopaSe désabonner

Les incontournables

Sondage

Qu’avez-vous en tête pour les prochaines vacances estivales?
Voir tous les sondages >>