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La faute à qui? Pas celle des enfants!

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Il fait si beau aujourd’hui, que je devrais vous parler de piscine, de sangria et de barbecue. Pourtant, je vais aborder un sujet sombre.

Terrorisant, quand on est parent.

Car qu’il fasse beau ou non, ce dont je vais vous parler se produit quotidiennement, un peu partout, sans discrimination.

Malgré la chaleur ambiante, ça donne froid dans le dos…

Quelque part, en ce moment, un enfant est victime d’un pédophile. Vous le connaissez même, peut-être…

Pourquoi je pense à ça pendant une si belle journée? J’y pense souvent, en fait. Et ce récent article m’a encore fait cogiter sur le sujet. On y lit que « la pédophilie serait «comme une orientation sexuelle», donc inchangeable aux yeux de ceux qui recherchent cette pratique sexuelle déviante. »

Même si j’ai du mal avec le terme « orientation sexuelle » quand on parle de cette abomination, je peux comprendre la réflexion du psychologue qui parle ainsi. Inchangeable, je suis d’accord…

Pendant ma vingtaine, j’ai étudié en intervention en délinquance. Quelque part, c’est que je croyais en la réhabilitation des criminels en général. J’y crois un peu moins pour certains, mais je n’y ai jamais, jamais cru pour les pédophiles. J’ai longtemps cherché la « solution » pour stopper ces abus dégoûtants et répétitifs. Je ne l’ai pas trouvée. (À part mettre tous les pédophiles en cage ad vitam æternam, ce qui ne serait pas retenu par notre administration de la justice.)

Enfin… Là n’est pas mon propos.

Le soleil plombe, les enfants se jetteront dans les piscines, les jeux d’eau. On verra des petits garçons en « bedaine », des petites filles en robe soleil…

Et fort probablement que de temps en temps, on entendra des gens leur dire – surtout aux fillettes et adolescentes- : « Ne t’habille pas comme ça! Tu risquerais d’attirer des “messieurs pas gentils”.

J’ai toujours eu du mal avec ce discours. Il me fait peur. Quand on juge l’habillement d’un enfant, d’un ado, en lui accolant le terme “provocant”, on est en train de dire que ceux et celles qui subissent des sévices sexuels “l’ont cherché”!

Dans le cadre d’une vaste étude menée au Canada en 1997 par le Comité sur les infractions sexuelles à l’égard des enfants et des jeunes, on apprenait que parmi les Canadiens adultes, 53 % des femmes et 31 % des hommes ont été agressés sexuellement dans leur enfance.

Va-t-on aller leur dire que c’est leur faute? Qu’ils ont provoqué leurs agresseurs?

Je n’embarque pas là-dedans.

On aura beau me parler de l’hypersexualisation des jeunes filles (plus rarement de celle des garçons?), jamais je n’associerai pédophilie et provocation enfantine.

“Laisses-tu tes enfants se balader nus partout alors?” me demanderez-vous.

Je vous répondrai que je n’interviens que très rarement au sujet de leur habillement ou de leur nudité. Ils ont développé leur propre pudeur, leurs propres références en matière de vêtements, de look et leurs propres pensées au sujet du respect de leur personne. Et non, leur look n’est pas “aguichant”.

Et même s’il l’était…

Que n’importe qui, adulte, ado ou enfant, finisse tout nu dans la rue pour quelque raison que ce soit, aucun humain sain d’esprit ne songerait à l’agresser sexuellement. J’ai eu des petites voisines de 3-4 ans qui jouaient nues sur leur pelouse arrière. Ni moi, ni mon entourage n’y avons vu quoi que ce soit d’affriolant. Ma puce se baigne parfois sans haut de maillot. Je persiste, ce n’est pas ça qui la jettera dans la gueule du loup!

J’ai connu des femmes violées en plein hiver, le gros manteau sur le dos. Je me suis fait suivre, adolescente, par quelques pervers alors que je portais un jean ordinaire et un t-shirt “lousse”. (Certains m’ont même montré leurs attributs…) Je connais un jeune ado qui s’est fait presser la cuisse avec insistance par un homme dans l’autobus et certaines personnes (gars et filles confondus) qui ont subi des assauts répétés par un oncle, un coach, un responsable de famille d’accueil, une gardienne, une grand-mère…

Torse nu au col roulé, pas de différence pour moi. Un abus est un abus. Le seul coupable est l’agresseur. Point à la ligne. Je suis bornée là-dessus. Personne ne me fera changer d’idée.

« J’ai du mal à dealer avec les adultes, me confiait un jour un pédophile interné à Pinel. C’est pourquoi je me réfugie dans le monde de l’enfance. » Beau discours appris en thérapie, qui ne règlera pas le problème. Cet « homme » est probablement « réhabilité » maintenant. Souvent, je me demande combien de victimes il a ajoutées à son palmarès de 6 enfants abusés (avoués)…

Quand je pense aux risques encourus chaque jour partout, j’ai son visage et celui de ses « colocataires » de l’aile des agresseurs sexuels de l’hôpital en tête. Mais ces visages ne me feront jamais dire à mes enfants « Attention, tu vas attirer les pervers ainsi! »

Même en étant vigilante, je ne peux garantir que jamais l’un deux ne subira d’abus ou de tentatives d’abus. La seule chose que je peux affirmer, c’est que je ne contribuerai pas à les faire se sentir responsable de cela. Je me refuse d’imaginer voir un de mes enfants revenir en miettes et ayant de surcroit en tête « Tu vas attirer les agresseurs, habillé(e) ainsi! ». Phrase qui se serait transformée, après l’abus en un « Je te l’avais bien dit, arrangé (e) de même, tu as couru après! »

 

Au Québec, un enfant a 6 fois plus de risques
de se faire agresser sexuellement
que de mourir ou d'être gravement blessé par un véhicule routier... *

 

 

Et non, ce n’est pas la faute d’un maillot de bain…

C’est la faute des agresseurs…

 

 

* Daniel Lambert, psychologue