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Difficile, des jumeaux en colère!

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Question :

Bonjour,

J'ai des jumeaux qui fêteront leur 3e anniversaire dans un peu plus d'un mois et, plus souvent qu'autrement, c'est la guerre entre eux. 

Tout ce que l'un a, l'autre le veut. Ils crient à tour de rôle pour tout, tout le temps. J'applique les méthodes découvertes dans le magazine Yoopa comme ne pas utiliser de forme négative quand ils crient (Plutôt que de dire «Ne crie pas», je dis «On parle doucement svp!») Quand je vois que l'un d'eux crie parce qu'il veut manifester son mécontentement, je lui dis qu'il est fâché, que je comprends et qu'il a bien le droit, mais que crier n'est pas une option pour gérer l'émotion et je lui demande de me parler ou de dire à la personne concernée qu'il est fâché ou qu'il n'a pas aimé «ça».

Ils sont très impatients et dès qu'ils n'arrivent pas à faire quelque chose du premier coup, ils hurlent, tapent du pied, et pleurent. Sur leur vélo, ils donnent même des coups de poings sur le guidon... J'avoue que je ne sais plus comment réagir devant leurs comportements. L'agressivité m'a toujours fait peur, les sautes d'humeur colériques me rendent très mal à l'aise. J'ai l'habitude de m'en tenir loin parce que souvent, il est difficile de ramener les gens à la raison dans de telles situations. Ici, il s'agit de mes propres petits garçons et je ne veux pas qu'ils deviennent comme ça en grandissant! Comment faire pour remédier à la situation avant qu'il ne soit trop tard?

Je mets également en pratique le retrait de 2 minutes et tant qu'ils crient, je ne commence pas à compter le temps. S'ils ne restent pas assis non plus et je les assois de nouveau à l'endroit désigné jusqu'à ce qu'ils y restent et ce, sans leur parler ni faire de contact visuel. Après le temps d'arrêt, je me mets à leur hauteur et leur donne un câlin. Mais le processus peut durer longtemps et ils ont les poumons vraiment bien développés, je vous en passe un papier! Il arrive souvent que mon conjoint décide de porter les petits dans leur chambre pour poursuivre leur temps d'arrêt tellement ils crient fort! 

Ils se tapent, se poussent, arrachent les jouets l’un de l'autre, prenant le toutou ou le doudou avec un grand sourire au visage pendant que l'autre hurle à pleins poumons pour le ravoir... 

Est-ce que mes fils traversent une phase normale qui devrait s'estomper avec le temps et une meilleure acquisition du langage? Est-ce que je vois la situation plus problématique qu'elle ne l'est réellement vu que je vis tout en double? J'ai idéalisé la relation fraternelle des jumeaux identiques, je crois. J'aurais voulu qu'ils soient proches, qu'ils s'aiment et se protègent mutuellement... Je sais que je ne peux pas choisir comment se développera leur relation, mais j'aurais aimé l'influencer, la diriger dans cette voie. En ce moment, ça me paraît impossible!

Merci beaucoup de prendre le temps de me lire et, je le souhaite ardemment, de me répondre.

Je suis un peu désespérée.... 

Tania, maman de jumeaux identiques de 3 ans.

 

Réponse :

Bonjour Tania,

Dans notre réseau de coachs familiaux, Caroline Séguin, psychosociologue est également jumelle!  J’ai donc pensé qu’elle serait bien placée pour vous répondre.

 

Bonjour Tania,

La lecture de votre lettre m'a fait sourire! Ne le prenez pas mal c'est positif! Votre lettre m'a fait sourire, car vous répondez presque vous-même à vos questions. Intuitivement, vous êtes sur la bonne voie! Je pourrais facilement ne pas intervenir et je suis certaine que vous trouveriez les solutions.

Vous avez parfaitement raison de penser que vos fils « traversent une phase normale qui devrait s'estomper avec une meilleure acquisition du langage ». Théoriquement, voici ce qui se passe : 

Jusqu'à l'âge d'environ 3 ans, les enfants sont encore dans un stade « égocentrique » de leur vie ou tout tourne autour d'eux. À cet âge, les enfants ont la nette impression que les autres voient les choses du même point de vue qu'eux. Petit à petit, ils vont apprendre à se reconnaître en tant qu'individu faisant partie du monde et non, en tant que point central de ce monde. Ils vont apprendre que les sentiments qu'ils ressentent et les émotions qu'ils éprouvent ne sont pas nécessairement ressentis par l'autre. 

Parallèlement à ça, leurs capacités et habiletés langagières vont elles aussi continuer à se développer. Les phrases et les conversations vont s'allonger. Les phrases deviendront de plus en plus complexes et raffinées. Graduellement, vos enfants finiront par utiliser le langage comme outil de la pensée, de l'apprentissage et de l'imagination. C'est à ce moment-là qu'ils en arriveront à saisir progressivement le sens des concepts abstraits tels que le partage, le temps ou la prudence qui, présentement, ne veut absolument rien dire pour eux! 

À titre d'exemple, lorsque nous étions petites, ma sœur jumelle et moi, nos parents nous disaient tout le temps des phrases du genre : « tiens, va donner ça à ta sœur » ou « Va chercher ta sœur s.v.p. ». Le résultat fut que pendant un certain temps, j'appelais ma sœur « ta sœur » et elle m'appelait « ta sœur », et ce, jusqu'à ce que l'on saisisse la définition du mot sœur!! C'est ainsi qu'Isabelle est devenue « Isabelle » à mes yeux et que je suis devenue « Caroline » aux siens. 

Ceci dit, avant d'apprendre à partager, vos enfants ont encore un petit bout de chemin à faire dans leur développement. Il n'y a pas de recette miracle, c'est à force de répétition, d'encouragements et par l'acquisition de maturité ainsi que de la maîtrise du langage verbal que vos enfants réussiront à développer leurs schèmes de pensée et en arriveront à assimiler le sens abstrait du mot partage. Je vous invite à être patiente, car les concepts de temps et de prudence, par exemple, ne s'assimilent pas entièrement avant l'âge de 10-12 ans! 

Toutefois, pour vous aider dans votre quotidien voici mes recommandations :

1. Donnez l'exemple et utilisez les mots partage et partagez aussi souvent que possible. 

Adulte, il peut nous arriver de lire un texte dans une langue étrangère et de ne pas connaître un mot. Sauf que, mis dans le contexte du texte et intégré à une phrase on arrive quand même à en saisir le sens. Il en va de même pour vos enfants! Sans connaître parfaitement la définition des mots partage et partager, la répétition fera en sorte de les aider à en saisir le sens.

Par exemple, vous avez préparé une assiette de fruits. Au lieu d'apporter l'assiette et commencer la distribution dite plutôt : « j’ai une belle assiette de fruits! Qui veut partager avec moi? Un morceau pour Noah, un morceau pour Loïc et un morceau pour maman. Oups, il en reste un dernier! Nous allons le couper et le partager tous ensemble ». 

2. Encourager les bons coups et corriger les mauvais!

Vos enfants doivent apprendre qu'il y a des conséquences à leurs gestes. Ces conséquences peuvent être positives ou négatives, mais il y en a toujours! Lorsque vous êtes témoin d'un geste de partage entre les enfants, soulignez-le : « Wow Loïc! Je suis très contente et Noah aussi est content parce que tu lui as donné la voiture. Regarde comme il sourit! Bravo mon garçon, je suis très contente de voir que tu partages avec ton frère! »

Si vous êtes témoin du contraire, corrigez la situation : « Loïc, je ne suis pas contente! Regarde, Noah pleure. Il a de la peine parce que tu lui as enlevé la voiture alors qu'il jouait avec! Je veux que tu redonnes la voiture à Noah et que tu t'excuses. Tu auras la voiture tantôt, lorsque Noah aura terminé. » Je vous suggère alors d'être aux aguets et lorsque Noah laissera la voiture, apportez-la à Loïc en lui faisant remarquer que c'est maintenant son tour de jouer avec s'il le désire. 

3. Si possible, ayez deux exemplaires des objets causant le plus de chicane.

Je ne vous demande pas de toujours acheter tout en double tout le temps. Cette phase est temporaire, mais avoir deux exemplaires peut rendre votre quotidien un peu plus facile. 

4. Dans la mesure où cela est réalisable, offrez-leur une aire de jeu distincte pour chacun d'eux et une aire de jeu commune.

Ça peut être aussi simple que la moitié gauche du salon est pour Noah et la partie droite du salon est pour Loïc. La salle familiale est pour tout le monde! Vous pouvez même établir des barrières psychologiques telles que le sofa, le tapis, la chaise berçante. etc. Une fois les zones établies, aidez-les à choisir les jeux qu'ils garderont dans leur zone. Après un certain temps, vous pouvez les encourager à faire des échanges. Cette façon de procéder a comme but premier de les aider à se forger leur propre identité.

5. Résistez à la tentation de régler toutes leurs chicanes. 

Lorsqu'une dispute survient, n'intervenez pas trop tôt. Les chicanes est les disputes sont bénéfiques pour les enfants. En effet, c'est à travers elles qu'ils apprennent, entre autres, à résoudre leurs conflits en trouvant des solutions, à négocier, à s'ouvrir aux sentiments de l'autre et à développer leur sens de l'autonomie et de la débrouillardise.

Voilà en ce qui concerne le partage. Abordons maintenant votre inquiétude par rapport aux réactions de vos enfants lorsqu'ils s'impatientent. 

À ce stade de leur développement, il n'y a pas lieu de s'inquiéter outre mesure. Vos enfants sont encore petits. Comme nous l'avons vu plus tôt, ils ne maîtrisent pas toutes les subtilités du langage verbal comme avoir les mots justes, le ton ou le débit. C'est clair qu'ils éprouvent une certaine difficulté à exprimer convenablement (en mot) ce qu’ils ressentent. 

Est-ce que ça signifie que vous devriez fermer les yeux et attendre que vos enfants finissent par réussir à apprendre à contrôler l'intensité et le degré d'envahissement de leurs émotions? NON! 

Par ailleurs, vous me dites que l'agressivité vous a toujours fait peur et que les sautes d'humeur colériques vous rendent très mal à l'aise. Je ne connais pas vos expériences passées et votre rapport avec l'agressivité ou la violence. Cependant, je sais une chose. Vous êtes leur mère et c'est votre rôle d'éduquer vos enfants en les guidant et en les accompagnant dans leurs apprentissages.

 

Voici, les étapes de la gestion des émotions que vous pourriez travailler avec eux.

1. Reconnaître : savoir reconnaître les signes qu'une émotion désire s'installer. Être capable d'identifier les symptômes physiques de l'émotion. Pleurs, pouls qui s'accélère, voix plus forte, etc.
2. Nommer : Associer la bonne émotion avec les symptômes ressentis. La nuance peut parfois être mince par exemple entre la colère et la frustration, mais il y en a une.
3. Identifier l'élément déclencheur : être en mesure de constater ce qui a provoqué l'émotion. Pour être en mesure d'éliminer une émotion, il est important d'en connaître la raison afin de mieux intervenir.
4. Gérer : intervenir sur la cause (l'élément déclencheur) de l'émotion. Trouvez avec votre enfant des moyens pour régler la situation. Prenez aussi le temps de le rassurer et de le réconforter, au besoin.

 

Voici un exemple pour illustrer chacune de ces étapes : 

Étape 1 : « Bon, bon, qu'est-ce qui se passe Noah? Tu commences à crier, tu fais des gestes brusques. »

Étape 2 : « Est-ce que ça se peut que tu sois fâché? »

                  « Non, je ne suis pas fâché! Je suis juste pas capable, bon! »

                  « OK alors tu es frustré parce que tu as de la difficulté. » 

Étape 3 : « Montre-moi comment tu t'y prends. »

Étape 4 : « Regarde mon cœur. Tu étais tellement frustré et impatient que tu as oublié de vérifier si ton jeu était bien allumé. Ce n'est pas grave Noah, la prochaine fois quand tu commenceras à t'énerver, au lieu de crier et de taper sur tout ce qui t'entoure, prend 2 grandes respirations et regarde comme il le faut. Si tu ne réussis pas, prends 2 autres grandes respirations et viens me voir calmement. »

 

Enfin, Tania, votre lettre m'a fait sourire parce que vous avez (sans le vouloir) commis « l'erreur » que la très grande majorité des « non-jumeaux » font, soit : de croire que la relation si particulière qui unit les jumeaux est innée. En fait, elle s'acquiert avec le temps! 

L'analogie que j'utilise toujours pour faire comprendre aux « non-jumeaux » la relation qui nous unit, nous les jumeaux, est celle du « vieux couple ». En effet, quand on prend le temps d'observer un couple marié depuis plusieurs années, on se rend rapidement compte qu’ils se complètent : l'un termine la phrase de l'autre; les mots ne sont pas nécessaires pour qu’ils se comprennent; ils ont des opinions et des goûts qui se ressemblent!

Il n’en demeure pas moins que les jumeaux sont des individus uniques qui ont eu la chance de naître au même moment, dans la même famille. Durant leur enfance, ils seront exposés au même type d'éducation, aux mêmes gens, aux mêmes lieux et aux mêmes choses. Il est donc normal qu'ils développent (avec le temps) des similarités quant aux goûts, aux opinions et sur la manière de penser.

J'espère que j'ai réussi à vous éclairer et à répondre à vos questions. La seule chose qu'il me reste à ajouter, est : faites-vous confiance Tania, vous êtes sur la bonne voie et laissez le temps aux jumeaux de devenir « un vieux couple ».

Caroline Séguin BA
psychosociologue, coach familiale, jumelle de Isabelle :)
Fondatrice de A+ Coaching Familial 

 

J’espère aussi que la réponse de Caroline Séguin vous a aidé à y voir plus clair. J’aimerais y ajouter mon petit grain de sel.  Voici quelques références supplémentaires pertinentes selon moi :

Réponses YOOPA et Nanny secours précédentes :

 

Textes Nanny secours :

 

Suggestions de livres :

 

Bonne lecture !

Hélène Fagnan
Coach familial
Fondatrice de Nanny secours
www.nannysecours.com

 

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