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La fin du règne des bisous

Parents et relations familiales 10-12 ANS image article

Monsieur Futé n’est plus un petit garçon. L’évidence s’est imposée doucement, comme un arbre perd ses feuilles en automne. Vous savez comment ça se passe : elles changent de couleur, se détachent une à une puis, un matin, on se lève et il n’en reste plus une seule. 

L’histoire se déroule à peu près de la même manière lorsque nos amours grandissent et se détachent peu à peu de l’emprise de leurs parents, nous laissant alors face à un grand vide à apprivoiser. 

J’en sais quelque chose. Fiston troque tranquillement ses couleurs d’adorable petit bonhomme pour celles, non moins chatoyantes, d’adolescent en devenir. Il y a quelques semaines, il a commencé à se glisser sous ses couvertures sans m’avertir. J’arrivais trop tard pour le bisou et le câlin du soir. Il dormait déjà ou faisait semblant. Je me suis d’abord dit que c’était ma faute. Je passais trop de temps à mon ordinateur après le souper, alors il finissait par se coucher sans moi, le coeur en lambeaux, déçu de ne pas avoir pu dire bonne nuit à sa mère adorée avant de sombrer dans les bras de Morphée. 

C’est fou comme l’imagination d’une mère entre en ébullition lorsqu’elle refuse de voir la réalité en face… 

Se détacher pour mieux grandir

La vérité, c’est qu’il a beau être le petit dernier, il vieillit lui aussi et éprouve sans doute un impérieux besoin de se détacher de sa mère. Processus tout à fait sain et normal chez un enfant. « L’enfant doit se séparer d’un monde pour pouvoir en conquérir un nouveau. Il doit pouvoir se desserrer, se détacher afin de trouver la juste proximité entre les autres et luimême », écrit le

pédopsychiatre français Marcel Rufo dans son livre Détache-moi, se séparer pour grandir. Merci de me rappeler à l’ordre, Monsieur Rufo, mais 11 ans, n’est-ce pas un peu tôt pour imposer un tel supplice à une mère ?

Je me suis accrochée un moment, je l’avoue. Comme le « maman, je vais me coucher » ne résonnait plus dans l’air du soir pour me rappeler l’heure de ma douceur quotidienne avec mon fils, j’ai commencé à épier sa routine de fin de soirée pour m’assurer de ne pas rater ce moment si précieux pour moi.

Respecter les choix de notre enfant

Pendant quelques temps, j’ai continué à replacer ses couvertures et à le couvrir jusqu’au cou comme je l’ai toujours fait. Jusque-là, mon insistance à vouloir maintenir en vie notre rituel du soir passait toujours, mais pour les câlins et les bisous, rien à faire. Il remontait les couvertures par-dessus sa tête. J’ai d’abord voulu y voir un jeu. Après tout, il riait et je riais avec lui, mais j’ai finalement compris qu’il n’avait plus besoin de mes baisers sur le front pour s’endormir.

Mon petit dernier cherche à laisser tomber les dernières feuilles de son enfance. Je dois respecter ses choix de grand, apprendre à me détacher moi aussi, même si je sais que ces moments de grâce sont terminés pour toujours pour moi. Ai-je besoin de vous dire à quel point je trouve cela difficile ? 

Replacer les couvertures du lit défait passe toujours à l’occasion, mais je dois maintenant me contenter de ces soirées en famille devant la télé où nous nous serrons les uns sur les autres sous une grande douillette. Il arrive même à l’occasion que, dans un moment d’égarement, la main de mon fiston à la peau divinement douce frôle discrètement la mienne. Alors, je me console en me disant que je n’ai pas vraiment tout perdu des liens qui nous unissent lui et moi. L’amour reste là, bien vivant, mais il prend une nouvelle forme, plus aérée, dans laquelle, je l’espère, il saura trouver tout l’espace nécessaire pour se préparer à vivre sa propre vie.