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Mon père n'a jamais été mon héros

Parents et relations familiales image article

Mon père n'a jamais été mon héros, mais il a toujours été là, présent et aimant pour nous, ses enfants.  Il n'était ni le plus fort, ni le plus drôle, il ne faisait pas la meilleure pizza, mais on pouvait toujours compter sur lui, particulièrement dans les moments de crises. 

Quand j'étais petite, c'est derrière lui, doux et calme, que je me cachais quand une chicane de couple arrivait. Le samedi matin, c'est ensemble que nous pleurions en regardant Le petit castor et Candy.  

Adolescente, je voyais mon père un week-end sur deux et c'était la fête, on allait au cinéma, on mangeait du maïs soufflé et du fast-food (il ne savait pas vraiment cuisiner autre chose que du pâté chinois et des oeufs), on n'avait pas vraiment d'horaire ni d'obligations.

Plus grande, alors que j'étais à l'université, j'allais dîner avec lui au centre-ville à chaque semaine et je revenais souvent avec une passe de transport payée et de quoi payer mon matériel d'art et mes fournitures scolaires. J'aimais nos rencontres, j'avais l'impression d'être importante pour lui et j'aimais raconter ma vie d'étudiante pleine de rêves assise devant ce beau monsieur en habit.

Jeune adulte, alors que je parcourais la Terre de projets en projets, c'est lui qui s'occupait de ma paperasse, mes comptes étaient toujours à jour et si j'avais besoin d'un conseil rationnel, c'est vers lui que je me tournais.  Il était un comptable des plus stéréotypés, des bas bruns à son inventaire de conserves de son armoire enlignées par ordre alphabétique, tellement stable et prévisible. Tellement rassurant.

Jeune maman, quand la ronde des hospitalisations, des thérapies et des rendez-vous avec de grands spécialistes a commencé, il est devenu mon chauffeur privé, m'accompagnant à l'hôpital et aux centres de réadaptation, poussant poussette et enfants alors que j'en avais plein les bras. Il me prenait à la porte de ma maison et me déposait à celle de l’hôpital pour m’éviter bien des soucis, c'était sa façon à lui de me dire qu'il m'aimait.

Depuis presqu’une dizaine d’années, mon père a commencé à changer. De toutes petits choses, des remarques inappropriées, des commentaires parfois blessants, des choix discutables, des mots qui ne venaient plus.  Il a ainsi perdu beaucoup d’amis et de relations, alors que dans le fond, la maladie avait déjà commencé à le changer un peu sans que nous le sachions.

Il y a presque trois ans, inquiets, mon frère et moi avons commencé à faire plus de pression pour qu’il soit vu par un médecin.  Après plusieurs tests, plusieurs rencontres avec deux neurologues et autres spécialistes, nous avons appris en février 2012 que mon père avait la SLA, la sclérose latérale amyotrophique, une horrible maladie dégénérative avec un triste pronostic.

Adulte dans la fleur de l'âge, j’ai vu mon père mourir un peu plus à chaque jour, allant de deuil en deuil. À chaque visite, il n'était déjà plus le même que la veille.  En quelques mois, il a tout perdu : sa maison, sa voiture, son autonomie, sa parole, ses chats, ses balades en vélo, ses séances d’entraînement, ses rêves qu'il avait encore nombreux (gagner à la loto, avoir un Berger Allemand, se construire une maison dans le bois), ses passions, sa vie...

Mais, curieusement, cette dernière année de souffrance et de déchéance en a été une heureuse pour lui. Même de plus en plus faible, mon père était devenu quelqu’un d’apprécié par les autres résidents et les employés du CHSDL. Un peu comme un chouchou!

Toujours souriant et de bonne humeur, il aimait aider ses pairs en poussant leurs chaises et/ou en leur mettant leur tablier avant chaque repas. À tous les vendredis, il ne manquait jamais le Bistro et il faisait danser presque toutes les dames de la place, employées, résidentes et bénévoles.

Il ne se plaignait presque jamais même si on voyait qu’il souffrait, comme si cela ne faisait plus partie de son vocabulaire. Incapable de parler, la communication était de plus en plus difficile, mais ses beaux yeux brillaient toujours autant.

Le jeu était devenu notre seul moyen de communication, et nous avons joué, tellement joué, jusqu’à notre avant-dernière rencontre à Serpents et Échelles. C’était notre petit moment précieux juste à nous deux, faisant la même chose, en même temps, au même endroit. Parfois tricheur, il me surveillait et si je me trompais d'une case ou de pion, il était toujours là pour s'assurer de remettre les choses aux bonnes places. Exactement comme les quarante dernières années de sa vie. 

Mon père n'était pas un héros inaccessible qui faisait tourner les têtes. Il était mon père. Aimant, présent, serviable, ricaneur, taquin et surtout toujours disponible pour ceux qu'il aimait. Solide comme un roc, rassurant, bon, sur qui on pouvait toujours compter.

Et cette année, pour la première fois, je vais célébrer la Fête des pères sans lui…

 

Et vous, quelle relation avez-vous avez votre père?

Est-ce que vous célébrez la Fête des pères dans votre famille?

De quelle façon?



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